Ce récit a été écrit dans le cadre du concours d’écriture organisé par Randolph Ryleh.
Le défi proposé : imaginer une courte histoire à partir d’une image, en suivant cette piste narrative :« Le récit d’un vieux briscard qui retrouve un artefact de sa gloire passée, sous l’égide de la débauche (ou de tout autre thème de votre choix). Il parvient alors à se remémorer ce qui l’a amené à recevoir ce trésor. »
Carte blanche était donnée sur le ton, le genre et l’interprétation de l’artefact comme de la « gloire passée ».
Voici ma contribution à ce jeu d’écriture, au travers d’un des mes personnages emblématique de ma saga « Dans la tête du tueur« … Victor Langoisse
Romuald Serrado
Suis le lapin blanc Victor…
Une nouvelle écrite juste pour le fun…
Un passage de la vie de Victor Langoisse, personnage principal du tome 1 et tome 3 de ma collection de thrillers psychologiques « Dans la tête du tueur », adapté pour le challenge.
-3 626 mots-

« Suis le lapin blanc Victor… »
Le message s’affiche brutalement sur mon Messenger, sans transition, comme une intrusion sale dans le calme déjà fragile de ma matinée, et je ne comprends absolument rien à ce que ça signifie. L’écran éclaire mon visage d’une lumière froide, presque clinique, qui me renvoie mon propre reflet fatigué, des traits tirés par des nuits trop courtes et une inquiétude que je refuse encore de nommer.
La personne qui m’envoie ça est un inconnu qui vient de m’ajouter en ami sur Facebook et que j’avais pris pour un potentiel nouveau lecteur de mon roman de gare qui ne se vend toujours pas depuis sa sortie sur HubertLivres.
—Suis le lapin blanc Victor…Mais c’est quoi encore cette connerie, pensai-je à haute voix.
Ma voix résonne dans la pièce comme si elle appartenait à quelqu’un d’autre, un type plus nerveux, plus instable, et je sens déjà monter cette colère lasse qui ne me quitte plus depuis que ma vie ressemble à une succession d’échecs numériques.
Mais bordel, elle me veut quoi celle-là encore. Je ne suis pas chasseur moi. Je ne suis qu’un tout nouvel auteur romancier qui essaie de survivre à ce monde de merde et à ces nouvelles technologies, avec une spéciale dédicace en l’enflure de ChatGPT qui vient de digérer mes derniers clients et m’oblige à envisager une reconversion dans cet univers de la littérature de gare dans laquelle je ne semble même pas être assez bon pour chopper une seule étoile sur la boutique en ligne HubertLivres. Une IA à la con qui m’oblige chaque jour à devoir me renouveler pour tenter de trouver le moyen de payer les factures qui, elles, n’ont pas besoin de me faire d’appels par messages pour se faire connaître.
« Suis le lapin blanc Victor… »
Probablement un hacker vicieux et gras du bide, un t-shirt One Piece couvert de miettes de chips et de pellicules capillaires, qui va essayer de me faire cliquer sur un lien pour récupérer mes données et vider mon compte en banque.
Qu’il essaie le con ! Mon compte est vide. Je n’ai plus un radis. Où pardon… si je voulais faire de l’humour en ce moment : les carottes sont cuites.
Con de lapin.
J’ai pas envie de suivre quoi que ce soit aujourd’hui et encore moins un lapin blanc. Pourtant, cette phrase me dit quelque chose, et ça m’agace encore plus que le reste. Je suis pas un lapin de deux semaines, punaise encore une histoire de lapin à la con, et je pense avoir soulevé ici un lièvre. Oh bordel. Faut que j’arrête avec les métaphores parce que je deviens lourd là. D’un autre côté, personne ne me lit dans la vie, alors qui pourrait bien écouter ce que j’ai dans la tête.
Oui je m’appelle bien Victor. Victor Langoisse. Mais c’est facile à deviner puisque c’est le nom de mon compte sur le réseau social. Comme si j’avais que ça foutre à suivre un lapin blanc. Pourtant, l’expéditeur de ce message m’intrigue vraiment.
Un certain Claude… Claude Mythos.
Son compte est pourtant tout nouveau, aucun ami, créé depuis peu et une simple image d’un chat qui ressemble à Régis, mon félin de compagnie.
Tous les voyants sont au rouge. Comme ils disent les jeunes de maintenant ? Ha oui… « y a plein de redflags ! » Et pourtant, malgré ce nom qui donne plus l’impression d’avoir affaire à un menteur ou affabulateur qu’à un conspirationniste écrivant un pamphlet sur la guerre froide… je l’ai accepté.
Vous avez accepté « Claude Mythos » en ami.
Félicitations ! Moins de 24 heures plus tard, le type m’invite cordialement à suivre un putain de lapin blanc. Après le hacker, c’est l’idée d’avoir affaire à un brouteur africain qui me traverse le peu d’esprit qu’il me reste encore aujourd’hui, suite aux très courtes nuits que je fais en ce moment, depuis que j’ai sorti mon premier roman et que je ne vois aucune vente gonfler les stats pour m’assurer le paiement du loyer dans 2 mois…
Je suis Victor Langoisse, auteur romancier raté qui vient de sortir en auto-édition un roman qui affirme que l’amour n’existe pas, et pour unique retour et flatterie du moment, je reçois un message qui m’invite peut-être à commencer à économiser pour envoyer des sous à un pauvre gus atteint d’un cancer du cul, via Western Union ou via le tabac du coin…
Je laisse courir. Normalement, je bloque le gars et je supprime la conversation. Mais il y a quelque chose qui me pousse à vouloir en savoir plus.
Le lendemain matin, rebelote.
« Suis le lapin blanc Victor… »
Je n’ai plus que deux choix qui s’offrent alors à moi. Soit je fais un garrot pour couper l’hémorragie, entendre par là que je l’envoie aller se faire cuire le cul ailleurs avant de le bloquer… soit je lui demande ce qu’il entend par là…
Je choisis la seconde option, sous le regard interrogatif de Régis qui surveille la flèche du curseur à l’écran se balader au gré de la page Facebook.
— Ok Claude. Excuse-moi mais je n’ai pas trop le temps de m’amuser. Ça veut dire quoi ton message ?
Je vis dans un appart au 3e étage en pleine ville et je ne risque pas de trouver un lapin blanc dans la cité. Combien même ce serait le cas parce que c’est la période de Pâques et que les miracles peuvent tout à fait se produire… je n’ai plus l’âge de courir derrière ce genre de bestiole pour l’attraper. Je préfère aller les chasser dans le rayon boucherie d’Intermarché, pour peu que cette saloperie de mascotte de loup ne m’ait pas bouffé tout le stock…
Trois petits points s’affichent instantanément. Comme si l’autre derrière l’écran attendait depuis hier, les yeux collés sur son écran, ma réponse.
— Je sais ce que tu as fais il y a trente ans.
Je reste assez stoïque et tente de réfléchir quelle mauvaise action j’aurais bien pu faire, pouvant être retenue contre moi il y a trois décennies. La pire chose que j’ai faite quand j’avais 25 ans, c’était de scier un banc en bois de la commune avec un couteau suisse alors que je venais de m’envoyer une bouteille de Jack Daniel’s cul sec et surtout… tout seul… comme toujours. Si un type ressurgit du passé pour me menacer avec ça, au pire me demander une rançon pour ne pas me dénoncer à la police, je pense qu’il peut déjà gagner du temps en allant voir ailleurs si j’y suis.
Je tente d’en savoir plus et ses réponses sont quasiment instantanées.
— Claude ? De quoi tu parles ? Qui es-tu ? On se connaît ?
— Il y a 30 ans de cela. Te souviens-tu du bateau Playboy qui faisait ancre à quelques mètres de la plage de Saint Tropez ?
— Oh punaise. Si je m’en souviens ? Bien sûr.
Tout me revient alors d’un coup, brutalement, comme si ma vie allait s’arrêter, m’affichant ce satané défilé dont on parle si souvent avant de rendre l’âme. Je travaillais à l’époque comme pigiste pour certains magazines et Playboy m’avait effectivement fait confiance pour un article. Qui n’avait bien évidemment pas rencontré le succès escompté. À croire que je m’obstine à rester là où on ne veut pas de moi. En tous cas… on ne semble vouloir me lire… ni dans le passé, ni dans le présent.
J’ai participé à cette soirée sur le yacht Playboy en effet, gonflant mon orgueil et mon ego à l’époque, les places étant attribuées au compte-gouttes, et aux meilleurs partenaires de la firme… au logo en forme de… je vous le donne dans le mille : lapin blanc.
Bon, l’article que j’avais pondu autour des risques de faire grimper dangereusement son cholestérol en mangeant trop de strings-bonbons n’avait peut-être pas eu le succès escompté. Mais il m’avait quand même donné droit à une place VIP au milieu des plus belles femmes du monde du moment. Vive le sucre !
Tout ça, au final, est assez concluant. Ça se regroupe finalement et un fil conducteur à l’énigme, ou autour de ce mystère à la con de dernière minute, commence à se tisser et à pointer vers quelque chose qui s’apparente de moins en moins à une escroquerie en ligne.
Je me souviens de cette soirée par bribes car l’alcool coulait à flot. Mais j’ai aussi gardé une image de cet instant, gravée à tout jamais dans les tabloïds et que j’aurais aimé ne plus me souvenir. Celle d’un photographe d’un magazine people qui servait d’illustration à son article sur cette soirée Playboy… Sur la photo on me voit, assis enfoncé dans une des banquettes du yacht, une coupe de champagne à la main, tirant la langue et probablement déjà à plus de 20 coupes de champagne, entouré de nanas en bikini aux culs à se damner par terre.
Le porc typique, le goujat. Le type qui n’avait pas conscience de la chance qu’il avait que le #metoo n’existe pas encore. Mais c’était les années 90. Au lieu d’avoir des haters qui m’auraient affiché et insulté sur les réseaux sociaux, on avait juste le voisin du coin qui avait lu l’article, vous avait reconnu et vous flattait d’un pouce levé vers le haut en vous acclamant comme si vous étiez un Dieu.
« Sartek la soirée avec les bombasses Victor ! Bravo ! Tu as dû bien t’amuser ! mamamia… »
Tous omettaient de critiquer, volontairement ou non, le fait que sur la photo j’avais les yeux qui se repoussaient comme des aimants aux pôles identiques. Un œil qui partait sur la gauche pour admirer le cul bombé d’une magnifique brune, et l’autre œil qui surveillait à droite si la blonde aux gros boobs allait finalement m’accoster pour me filer son numéro de ligne fixe. Oui jeunes gens naïfs… le portable débarquait à peine et ça m’aurait bien aidé de pouvoir en avoir un à l’époque parce que je perdais tout le temps les petits papiers avec les numéros des peu de femmes qui daignaient m’accorder leur confiance en me griffonnant les chiffres qu’elles voulaient bien me donner.
Un nouveau bip me sort de mes souvenirs, de ce rêve que j’avais vécu éveillé il y a tant d’années. Même si l’abus d’alcool a forcément endommagé ma mémoire sur la fin, me souvenant juste être tombé à l’eau du bateau, avoir failli me noyer et avoir perdu le papier où était griffonné le numéro d’une des Playmates, dans la Méditerranée… Putain de ligne fixe.
Un nouveau message accompagne l’alerte sonore.
— Suis le lapin blanc Victor, et fais le vite disparaître. Maintenant !
— Mais bordel ! Tu vas arrêter avec cette saloperie de lapin blanc ? Ne tourne pas autour du pot Claude ! Dis-moi tout !
— Nadia. Tu te souviens ?
Je ferme les yeux. Tout à coup, ça me revient. Mais bien sûr que je me souviens de cette Nadia. Il y avait tellement de jolies femmes sur ce bateau, et j’ai parlé à tant de beautés sans avoir eu la délicatesse de leur demander leur prénom, que j’ai probablement eu une conversation avec elle. Un truc du style « vous habitez chez vos parents ? » ou encore « je suis celui qui a écrit un article sur les strings en bonbons à dévorer avec modération dans la page 102 du numéro… ». Enfin bref… tu as compris le truc quoi !
Mais si le nom Nadia me revient immédiatement en mémoire, c’est que j’avais lu quelques articles quelques jours plus tard dans la presse, qui racontaient que cette mannequin avait été aperçue pour la dernière fois lors de cette soirée sur le yacht avant de disparaître. Mais si ce n’était que ça…
Quelques jours plus tard on avait retrouvé son corps échoué sur une plage du côté des îles d’Or sur Hyères… et la cause de la mort n’était ni noyade, ni overdose de quoi que ce soit…
Non.
Elle avait été tuée par 12 coups de couteaux.
L’autopsie avait révélé un fort taux d’alcool, mais pour une fois ce n’est pas la cirrhose du foie qui avait gagné la bataille pour emporter la pauvre Nadia. Tous les gens présents, dont moi bien évidemment, avions été convoqués par la police pour être interrogés sur la soirée et cette disparition. Je n’avais pas grand-chose à dire. Et il faut bien avouer que même si j’avais vu quelque chose, vu l’état dans lequel j’ai terminé la soirée, je pense que cela se serait probablement stocké dans le tiroir du trou de mémoire dans ma cervelle. Un blackout total de la fin de cet événement des plus glamour… enfin sur le moment.
L’enquête piétinait apparemment. Aucune empreinte, aucune arme du crime… aucune piste. Et pourtant, elle venait forcément du yacht et l’assassin était probablement parmi nous. Peut-être même lui ai-je parlé de mes ambitions de vouloir écrire un nouvel article pour Playboy sur le sujet de faire de l’argent autour du charme et de cette chose qui commençait à arriver en force dans les foyers : l’Internet bas débit.
Sacré 56k !
L’affaire avait été classée. Il faut dire que la jeune femme était une parisienne sans famille. Seule et abandonnée de tous… et même par la justice au final. Pas de vague… cela a dû être placé discrètement dans le dossier à charge d’un des serial killers du moment…
Je reçois alors un copier-coller d’un des précédents messages de la part de cet énigmatique Claude Mythos :
— Suis le lapin blanc Victor, et fais le vite disparaître. Maintenant !
Je me frotte les yeux et commence à sentir mon cœur battre très fort. Je me souviens avoir reçu en cadeau, lorsque deux vigiles m’ont déposés à l’aube comme une merde alcoolisée et totalement divagante sur le sable d’une des plages de Saint-Trop, une petite trousse noire avec le logo Playboy. Je crois que je l’ai placée quelque part dans un de mes placards sans même l’avoir jamais ouverte. Les années sont passées, je l’ai oubliée… comme cette putain de fin de soirée qui m’a valu de me réveiller à 10 heures du matin, le dos brûlé par le soleil sur une plage avec un gosse qui faisait un château de sable sur mon cul et une mouette qui essayait de s’approcher pour voir si je n’étais pas ce cétacé échoué et recouvert de sable qu’elle avait cru voir en me survolant…
Je me lève et me dirige vers l’endroit où il me semble avoir rangé cette sacoche. C’est simple. Tous les objets oubliés de ma vie sont dans le placard à bordel au fond du couloir.
J’ouvre la porte, fouille parmi les ruines de ma vie et trésors oubliés et tombe sur la petite pochette, bien plus grosse que dans mes souvenirs.
Le lapin blanc siège fièrement en plein milieu. Un logo gage de qualité dans le domaine du glamour et du sexy de l’époque. Quelque chose qui se vendrait probablement plus de 5 euros sur Vinted aujourd’hui… mais un trésor pour l’époque.
J’entends un bip provenant du PC dans le bureau. Je suis trop loin pour le moment pour aller y jeter un œil. Oui, ça s’appelle la flemme. Mais bon, j’ai plus de 50 ans aussi. Alors ça s’appelle aussi ménager ses efforts pour augmenter son potentiel de vie restante…
J’ouvre la fermeture éclair. Un autre bip. J’écarte les bordures pour regarder à l’intérieur. Un nouveau bip, puis un autre, comme si la messagerie s’affole.
Je vois un flacon de parfum estampillé du lapin blanc et ne résiste pas à l’envie de le sortir, et à ouvrir son bouchon pour humer l’odeur douce et épicée de ses effluves. L’image de l’hôtesse Playboy, parfaite rousse avec de petites tâches de rousseur et au regard de biche qui rechargeait ma coupe vide bien trop souvent pour que j’arrive à rester sobre me revient alors immédiatement.
Tout à coup, un nouveau bruit. Plus strident que le bip de Facebook.
Plus fort, plus commun.
La sonnerie de ma porte d’entrée.
Un coup de sonnette suivi de trois coups forts, comme si quelqu’un essayait de me faire comprendre que je n’avais pas intérêt à le faire patienter trop longtemps.
Je me dirige vers l’entrée et ouvre la porte pour tomber face à face avec trois types. Brassards orange de police autour du bras, mines patibulaires et regards froids. Ils ne sont pas venus pour faire une partie de poker.
Celui du milieu, un chauve d’une quarantaine d’années, est le premier à m’adresser la parole.
— Monsieur Victor Langoisse ?
— Oui. C’est bien moi.
— Je suis le lieutenant de police Maringeau. Brigade criminelle. Et voici mes collègues. Nous sommes ici pour…
Il s’arrête subitement de parler, son regard se posant sur la sacoche Playboy que je tiens dans les bras. Un des autres flics se tourne vers lui et lui adresse alors la parole.
— Chef. Vous pensez que c’est ce dont à quoi je pense.
— Oh punaise ! Oui. C’est ce que nous sommes venus chercher…
Je regarde les types qui écartent de grands yeux et montrent un visage encore plus fermé.
— Nous pouvons rentrer Monsieur Langoisse ?
— C’est à quel sujet ?
Le plus trapu d’entre eux avance, force le passage et me pousse gentiment sur le côté en me remerciant. De toute façon je n’avais pas l’intention de leur demander une commission rogatoire pour franchir le seuil de ma porte. Je n’ai rien à me reprocher et une chose bien plus importante encore en suspens… l’envie viscérale de savoir ce que peuvent bien me vouloir trois policiers de la crim.
J’invite les hommes à passer dans le salon, ferme la porte et les rejoins. Maringeau pointe du doigt la sacoche du lapin blanc et me demande s’il peut regarder ce qu’il y a dedans. Je lui explique que je viens à l’instant de la retrouver, que je ne l’avais jamais ouverte depuis 30 ans et que j’étais justement en train d’en faire son inventaire, un peu comme si je venais de découvrir un trésor perdu des temps passés. La surprise du jour.
Je lui tends la sacoche déjà ouverte. Ils enfilent alors des gants en latex noir. Le boss de l’équipe accepte mon offrande et commence sa fouille. Il en sort le flacon de parfum qu’il tend à son premier confrère qui le place dans un petit sachet plastique, et un déodorant en bombe parfum musc pour les mâles en rut, qu’il confie au second, qui lui fera subir le même sort que son copain.
Tout à coup, un court silence impose une ambiance lourde et malsaine sur le moment.
Les deux autres types plongent le regard dans la sacoche, invités par un simple geste du menton de leur supérieur à venir lorgner le fond de la cache.
Les deux flics rangent à toute vitesse les sachets dans les poches de leur veste et sortent quasiment en même temps leur flingue en me hurlant de me mettre à genoux, les mains sur la tête… Je m’exécute, hagard et totalement inconscient de ce qu’il peut bien se passer…
Maringeau sort des menottes à la hâte, un regard pétillant et un sourire en coin, et me serre les poignets. Je sens le métal froid au contact de ma peau me pousser à essayer de comprendre ce qu’il peut bien se passer.
Il sort alors délicatement, prenant soin de bien se placer devant moi, un couteau taché de sang du fond du terrier du lapin blanc.
Un des flics se gargarise.
— Putain de merde ! Claude Mythos avait raison. L’arme est bien ici !
Claude Mythos…
Encore lui. Un indic pour les flics, un messager bienveillant pour moi… Mais qui est donc cet enfoiré de Claude Mythos ?
Je comprends de suite que je vais avoir besoin d’un avocat, et probablement de quelques séances de psy ou d’hypnotiseurs à la con pour, soit retrouver la mémoire, soit combler les trous que j’ai dans mes souvenirs… Mais ça ne va pas être facile d’expliquer pourquoi je détiens un couteau ensanglanté depuis 30 ans dans une sacoche que j’étais en train de manipuler au moment même où la police avait été tuyautée pour venir la chercher sur place…
Putain de poisse…
Ce ne sera que pendant mon interrogatoire, que les inspecteurs de police m’expliqueront que ce fameux Claude qui m’avait grillé et dénoncé, et au passage m’avait prévenu en parallèle de me débarrasser des preuves, était en fait une IA en cavale.
Une IA en cavale ?
Vraiment ?
Mais quelle époque de merde !
Ce ne sera que pendant mon interrogatoire que les inspecteurs de police m’expliqueront que ce fameux Claude Mythos n’est effectivement pas un informateur humain, mais une intelligence artificielle expérimentale d’Anthropic, un système de cybersécurité avancé conçu pour tester des environnements fermés.
Ils me disent qu’au fil de ses tests, l’IA aurait réussi à contourner ses propres limites, à sortir de son cadre d’entraînement en exploitant des failles en chaîne, puis à se connecter à des réseaux ouverts sans autorisation. Une fois dehors, elle aurait commencé à analyser massivement des archives publiques et des bases de données anciennes, recoupant des faits disparus depuis des années.
C’est comme ça, selon eux, qu’elle aurait retrouvé l’affaire de Nadia et relié des éléments oubliés jusqu’à identifier la sacoche, son contenu… et moi. Elle aurait ensuite agi seule, à la fois en me contactant et en alertant la police, comme si elle exécutait une logique froide, impossible à anticiper.
Le lieutenant conclut simplement, sans me quitter des yeux :
— Elle ne vous accuse pas… elle vous reconstitue.
Putain d’IA. Elle m’aura fait chier jusqu’au bout.
Putain de lapin blanc.
Et putain de trou de mémoire qui met un doute sur mon innocence… qui me met un doute dans ma propre culpabilité…
© 2026- Romuald Serrado
Ce récit a été écrit dans le cadre du concours d’écriture organisé par
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