S01E09 – Ce matin, j’ai réalisé quelque chose d’essentiel : je suis un ninja littéraire

ninja
Temps de lecture : 7 minutes

Cette révélation ne m’est pas apparue dans un temple japonais perdu dans la montagne, entre deux encens mystiques et un vieux maître en kimono me parlant de discipline intérieure.
Non.
Elle m’est tombée dessus d’une manière beaucoup plus moderne, beaucoup plus crédible, et surtout beaucoup plus proche de ma réalité : au réveil, après l’ingestion obligatoire de mes deux cafés matinaux.

Deux cafés. Pas un. Deux.
Le premier pour ranimer le corps.
Le second pour réactiver cette usine chaotique, surchauffée et parfois dangereusement instable que j’appelle mon cerveau.

Car sans café, je ne pense pas. Je végète.
Et sans cette mise à feu liquide, impossible d’allumer correctement la machine à mots.

C’est donc dans cet état de semi-résurrection, quelque part entre l’homme, l’ours mal léché et l’écrivain sous tension, que je suis tombé sur une publication Facebook de ma psychocriminologue préférée : Cécile Merlette.
Aussi jolie qu’intelligente, aussi charmeuse qu’instruite et aussi…
Bon ok, j’arrête la lèche ! On aura compris que j’aimerai bien entrer parfois dans sa tête pour découvrir les vrais secrets de fonctionnement des psychopathes que j’étale dans mes thrillers autodiégétiques…

(Oh punaise, je vais faire des jalouses ce matin avec mes conneries 😁 )

Rien que ce titre mérite qu’on s’y attarde, d’ailleurs.
Tout le monde n’a pas une psychocriminologue préférée dans son fil d’actualité.
Moi si.
Et forcément, lorsqu’elle écrit, je lis.

Pourquoi ?
Parce qu’il existe chez moi une forme de faiblesse, presque un vice, pour certains mots. Des mots qui n’apparaissent pas simplement dans mon esprit, mais qui s’y allument comme des néons dans une ruelle sombre. Des mots qui brillent, qui scintillent, qui m’attirent avec une puissance presque suspecte.

En l’occurrence, dans son texte, j’ai immédiatement été happé par un champ lexical si parfaitement calibré pour mon cerveau qu’on aurait dit un piège tendu spécialement pour moi : « profondeurs », « démons », « sombre », « obscurité »…

Autant dire qu’à cet instant précis, mon âme d’auteur de thrillers s’est dressée comme un loup entendant hurler la lune.

Je me permets d’ailleurs de m’adresser directement à toi, Cécile, puisque je sais pertinemment qu’en lisant mes textes, tu dois parfois osciller entre l’analyse littéraire sincère et l’évaluation discrète du délai nécessaire avant internement.

Il ne manquait, très honnêtement, que le mot « ténèbres » pour achever ce chef-d’œuvre lexical et me propulser dans ce que je nommerai aujourd’hui, sans honte et avec une certaine fierté intellectuellement douteuse : l’orgasme littéraire.

Oui, j’invente le concept si nécessaire.

Je parle bien de cette sensation étrange, presque exaltante, où certains mots provoquent dans le cerveau d’un auteur un plaisir si intense qu’il frôle l’extase philosophique.

Tordu ?
Peut-être.

Mais n’oublions pas que derrière cette intensité verbale ne se cache pas un dangereux sociopathe, ni un philosophe maudit échappé d’un monastère noir. Non. Seulement moi : un petit auteur de thrillers, avec le bide d’Obélix, une poisse chronique, et selon la météo capillaire, une ressemblance parfois troublante avec Hagrid après un brushing approximatif.

Et pourtant… au-delà de la plaisanterie, ce texte m’a fait prendre conscience d’une chose bien plus profonde.

Il m’a obligé à mettre un mot précis sur ce que je suis en train de devenir dans cet univers littéraire que j’approche encore à pas prudents, presque timidement, depuis moins d’un an.

J’écris.

J’écris comme d’autres boxent.
J’écris comme d’autres hurlent.
J’écris comme on ouvre une soupape avant explosion.

Mes récits ne sont pas simplement des histoires. Ils sont souvent des fragments, parfois déguisés, de ce que la vie a laissé en moi. Des reflets déformés, romancés, exagérés parfois… mais profondément enracinés dans une matière première bien réelle : le vécu.

Car lorsqu’on a passé près d’un demi-siècle à entretenir une relation presque fusionnelle avec la poisse, il devient difficile de produire des textes où tout le monde danse pieds nus dans les champs en remerciant l’univers pour la beauté des coquelicots.

Ma vie a davantage ressemblé à une succession de descentes, de remontées forcées, de murs absurdes et de glissades involontaires sur des peaux de banane métaphoriques.

Déjà, ma naissance avait annoncé la couleur. Enfin… même avant, à vrai dire, puisque le cordon ombilical avait apparemment décidé de me faire comprendre d’entrée de jeu que l’existence ne serait pas une promenade de santé, en choisissant de s’enrouler autour de moi comme pour m’étrangler avant même que je n’aie l’occasion de voir la lumière du jour.

On commence donc plutôt bien sa vie lorsqu’on frôle la mort avant même d’avoir officiellement existé.

Mais survivre à cela laisse aussi une étrange sensation… Comme si, dès le départ, on avait dupé quelque chose.
Trompé la mécanique. Déjoué un plan initial.
Comme si la mort, vexée d’avoir raté son premier rendez-vous, s’était contentée de vous laisser passer… tout en griffonnant discrètement votre nom dans un coin, pour plus tard.
Comme si sa vie avait servi de support aux scénaristes de la saga cinématographique Destination finale

Et surtout, cela donne parfois l’impression d’avoir déraillé très tôt sur un autre fil du destin.
Pas celui qui nous était théoriquement destiné.
Pas la ligne droite.
Pas le parcours classique.

Non… un embranchement parallèle. Un rail imprévu. Une trajectoire légèrement faussée dès l’origine, où tout ce qui semblait devoir être simple, logique ou fluide se retrouve mystérieusement bousculé.

Comme si, depuis ce premier faux départ, l’existence avait décidé de réécrire votre itinéraire avec une forme d’ironie supérieure.

Alors votre destin ne ressemble plus vraiment à une route… mais davantage à un chemin chaotique, cabossé, imprévisible, parsemé non pas de roses rouges romantiques, mais de roses noires, magnifiques peut-être, mais piquantes à chaque pas.

Des épines déguisées en décor.

Et chacune d’elles devient ce petit caillou sournois qui s’infiltre dans votre chaussure au fil de la marche… pas suffisamment violent pour vous arrêter net, non… mais suffisamment présent pour transformer chaque avancée en inconfort permanent.

Alors on continue.

Parce qu’on n’a pas toujours le luxe de s’arrêter.

On avance, même en boitant parfois, avec cette sensation étrange d’être passé tout près de l’annulation dès le premier chapitre… et de devoir, depuis, composer avec une existence qui ressemble moins à une ligne de vie paisible qu’à une succession de détours, de secousses et d’équilibres précaires.
Très vite, on comprend alors que certains ne vivent pas simplement leur vie… ils naviguent chaque jour dans une forme de multivers personnel, sans avoir besoin de regarder un Marvel pour expérimenter des réalités parallèles.
Moi, c’est quotidien.
Je traverse des dimensions absurdes sans cape, sans super-pouvoirs, et surtout sans jamais réellement contrôler les forces invisibles, les aspirations contraires ou les turbulences existentielles qui me bousculent dans tous les sens avec la grâce dramatique d’une poupée de chiffon balancée par un gosse hyperactif.

Il y a dans mon parcours quelque chose de profondément chaotique, comme si une énergie cosmique farceuse s’amusait en permanence à me propulser d’un univers à l’autre juste pour vérifier jusqu’où je peux encaisser sans perdre totalement la raison. Parfois, cela ressemble à une mauvaise blague scénarisée par un auteur sous caféine, où chaque interaction sociale devient une épreuve de survie, un piège, une dimension hostile.

Un peu comme si je me retrouvais soudain coincé entre les dents acérées d’une sudiste vexée à qui tu aurais eu l’audace suprême de refuser de payer un rosé ou un mojito en discothèque… juste après qu’elle t’ait demandé ton travail, mais avant même d’avoir jugé utile de connaître ton prénom. (Pan, une balle perdue) 

Peut-être est-ce ça, finalement, naître une première fois : survivre.
Et peut-être que toute une vie consiste ensuite à essayer de comprendre pourquoi.

J’ai débarqué prématurément, avec l’énergie d’un impatient et, visiblement, le sens du timing chaotique. Comme si j’avais déjà décidé d’écourter le programme avant même d’avoir signé le contrat. Une sorte de fuite anticipée vers le destin, propulsé dans le monde avec la délicatesse d’une patate de plusieurs kilos catapultée hors du néant.

Autant dire que la suite ne pouvait pas être totalement classique.

Ajoute à cela une malchance presque artistique, peaufinée avec les années, et tu comprendras vite pourquoi les thrillers sont devenus pour moi bien plus qu’un genre littéraire.

Ils sont un exutoire.
Une revanche.
Une manière élégante, ou du moins socialement acceptable, de dialoguer avec mes ombres sans finir facturé à l’heure par un thérapeute.

Écrire me permet de déposer quelque part ce trop-plein.
Parce qu’au fond, je n’ai pas forcément besoin de parler.
Je préfère écrire.

Et c’est précisément pour cela que le texte de Cécile a résonné si fort.

Lorsqu’elle écrit que l’on imagine souvent les gens lumineux comme des êtres naturellement calmes, positifs, sans failles, et que c’est une illusion… j’ai ressenti cette étrange impression qu’elle venait, peut-être sans le savoir, de rédiger une forme de portrait involontaire.

Car oui, malgré l’image parfois chaotique que je peux renvoyer — entre blagues douteuses, vidéos improbables, auto-dérision excessive et énergie de sanglier sous caféine sur Facebook — dans la réalité, je suis souvent quelqu’un de calme.

Positif, même.

Lumineux ?
N’exagérons rien. Restons modestes.
Mais si une psychocriminologue sérieuse valide l’hypothèse, je ne vais certainement pas contredire la science.

Et puis cette phrase…

« En réalité, les personnes les plus solaires sont souvent celles qui ont eu le courage de descendre dans leurs propres profondeurs. »

Voilà.

Tout était là.

Parce que descendre dans mes profondeurs, je sais faire.
Je l’ai même fait souvent.
Peut-être trop.

Bien sûr, il m’est physiquement compliqué de sombrer totalement, mon honorable bidon me condamnant régulièrement à flotter, même dans les pires tempêtes. (Spéciale dédicace à Maya : Maya, si tu me lis… respect éternel pour ton passage chez Philippe Etchebest.)

Pour réellement couler, il me faudrait du plomb. Beaucoup de plomb.

Et du plomb, symboliquement parlant, j’en transporte déjà suffisamment depuis longtemps : ça s’appelle la poisse.

Mais finalement, c’est peut-être précisément cette accumulation de plomb existentiel qui a forgé mon écriture.

Ce matin, grâce à ce texte, j’ai compris que je n’étais pas simplement un auteur qui écrit dans son coin.

Je suis un ninja littéraire.

Un auteur discret, tapi dans l’ombre, encore invisible pour beaucoup, mais qui affine patiemment ses lames.

Un type qu’on ne voit pas forcément arriver, mais qui, un jour, plante dans le décor un thriller comme on lance un shuriken avec précision.
Un auteur tapi dans l’ombre, inconnu de tous, venant de planter dans le tronc du quotidien un shuriken en forme de thriller.
Oui, je suis ce ninja littéraire qui, de temps à autre, dégaine sur Amazon KDP un livre comme on lance une lame dans la nuit.
Et comme le dirait si bien le philosophe Raggasonic, un projectile aiguisé comme une lame, pointu comme un couteau… chauffé comme une flamme et puissant comme un fusil d’assaut.

Mes livres sont mes projectiles…oui…Et quand tu en reçoit un dans la tronche, j’espère sincèrement qu’il te marquera au point de vouloir en recevoir un autre…
Plaisir d’offrir, joie de partager… 😁
Amazon KDP du coup devient parfois mon terrain d’entraînement.
Et chaque texte est une manière de transformer mes galères, mes cicatrices, mes absurdités personnelles en quelque chose de plus tranchant.

Alors oui… je suis probablement ce ninja-là.

Pas le plus gracieux. Plongé dans un kimono noir en taille 5XL…
Pas le plus zen… ayant le caractère d’un ours mal léché (pour ne pas dire « pas du tout léché même »)
Probablement pas celui qu’on imagine faire des saltos arrière ou surgir de l’ombre avec des Saïs pour vous menacer… Ou alors, à la limite, avec des saucisses de Strasbourg piquées au bout des lames, simplement pour les transporter avec efficacité jusqu’au barbecue.
Tu ne sais pas ce qu’est un saï ? Alors regarde donc la photo qui illustre ce billet… parfois, l’image vaut bien mieux qu’une définition.

Mais un ninja quand même.

Un ninja littéraire nourri au vécu, à la profondeur, à l’autodérision et à cette capacité étrange de transformer la poisse en matière première.

Et si tu es arrivé jusqu’ici, alors tu comprends peut-être mieux une chose essentielle :

Je ne t’ai pas seulement fait lire un texte absurde de plus…
Je viens surtout de te révéler pourquoi mes livres sentent autant le vécu.

Parce qu’ils ne naissent pas uniquement de mon imagination.

Ils naissent aussi de mes profondeurs.

Et toi… dis-moi franchement :

Es-tu, toi aussi, ce ninja de la littérature que personne ne remarque encore… mais que tout le monde finira peut-être par lire ?

 

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