Je m’approche d’elle, fébrile et un peu inquiet.
Après tout, même si c’est moi qui l’ai créée, je reste anxieux à l’idée que tout puisse déraper avec elle.
Maya est là, assise sur un fauteuil de fortune fabriqué à base de bois flotté et de troncs d’arbres.
Un véritable trône de reine des sables, enfoncé dans le sable fin, au bord d’une mer turquoise qui semble tout droit sortie d’une carte postale ou d’un fond d’écran Windows 98.
Je m’arrête à quelques mètres d’elle.
Elle joue nonchalamment avec un morceau de verre poli rouge, le faisant virevolter et glisser entre ses doigts.
Mon regard est immédiatement attiré par un crâne humain à moitié enterré dans le sable, juste devant son fauteuil, visible seulement jusqu’aux orbites.
Un accueil… chaleureux.
Pourtant, il faut que je l’accoste. Que je fasse mon devoir d’auteur : la présenter à mes lecteurs.
Son regard sombre se lève vers moi lorsqu’elle aperçoit mon ombre qui lui masque le soleil, perturbant probablement sa séance de bronzage.
Elle qui a déjà cette belle couleur caramel naturelle…
Je m’assois face à elle, dans le sable. Elle me surplombe depuis son trône et semble plutôt ravie de me dominer de toute sa hauteur.
Cela en dit déjà long sur son tempérament.
Mais il est temps de commencer l’entrevue.
Le bateau à moteur qui m’a conduit jusqu’à cette île me coûte un bras de l’heure, et j’en ai déjà laissé deux rien que pour arriver jusqu’à Sa Majesté des Sables.
L’interview commence…
— Bonjour Maya. Avant d’entrer dans le vif du sujet, peux-tu te présenter rapidement à mes lecteurs ?
— Maya Lumawig, 30 ans.
— Ok… Et c’est tout ?
— C’est déjà pas mal que je te donne mon âge. Tu devras te contenter de ça.
Je la regarde avec insistance, comme pour lui faire comprendre que j’ai besoin de bien plus.
Je veux du biscuit à croquer, du croustillant. C’est quand même l’héroïne clivante de mon roman Le Verre Rouge ! Ce n’est pas rien.
Je décide donc de la débloquer, de la rendre plus loquace, de l’inciter à se dévoiler davantage.
J’ai ma petite idée.
J’enchaîne :
— Maya, tu es donc femme de ménage sur le paquebot de luxe français France Croisière Deluxe et tu…
Elle me coupe immédiatement la parole.
— Agent d’entretien. Je préfère qu’on m’appelle comme ça.
— Bien. Tu es donc agent d’entretien sur ce paquebot luxueux. Peux-tu me dire pourquoi tu as choisi cette voie et ce métier ?
— Non.
— Non ? Pourquoi non ?
— Parce que c’est expliqué dans le roman.
— Oui, mais le but de cette interview, c’est de te dévoiler un peu plus, de donner envie à mes lecteurs de te découvrir et de t’apprécier…
— Donc on peut raconter la fin du livre ?
— Ah non ! On ne spoile pas, s’il te plaît Maya !
— Je ne comprends pas l’intérêt de cette entrevue alors. Tu me poses des questions dont les réponses sont déjà dans le roman, et en plus il ne faut pas y répondre pour ne pas spoiler les lecteurs…
Je referme mon bloc-notes, la remercie pour le temps qu’elle m’a accordé et m’excuse par avance auprès de vous pour celui que je vous ai fait perdre.
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