đLe rituel du matinđ
Ce nâest un secret pour personne â du moins pour ceux qui prennent encore le temps de sâattarder sur les quelques lignes que je dĂ©pose ici, comme on laisse une tasse chaude sur une table encore tiĂšde â que, avec les annĂ©es, jâai fini par apprivoiser une routine dâĂ©criture un peu Ă part, un peu dĂ©calĂ©e⊠mais Ă©trangement douce.
Ce nâest pas vraiment un choix.
Encore moins une posture.
Câest arrivĂ© doucement, presque tendrement, sans que je mâen rende compte.
Mon corps a simplement changé de rythme, comme on change de saison.
Il sâest mis Ă prĂ©fĂ©rer les heures calmes, celles oĂč le monde ralentit, oĂč tout semble plus lĂ©ger, moins pressĂ©.
Les nuits ne sont plus tout à fait faites pour dormir profondément, et les journées ne sont plus les seules à appartenir aux vivants.
Et, contre toute attente⊠ça me plaĂźt.đ
Le sommeil vient tĂŽt, parfois mĂȘme un peu trop, comme une invitation Ă lĂącher prise.
Puis il repart, discrĂštement, me laissant au cĆur de la nuit dans une bulle hors du temps.
Un espace suspendu.
à cette heure-là , tout est différent.
Le silence nâest pas vide, il est apaisant.
Il enveloppe.
Il protĂšge.đĄïž
La maison semble respirer plus lentement, et moi avec elle.
Il nây a plus dâurgence, plus de bruit, plus de monde.
La mienne.
Et celle de ce moment.đ
Pas par obligation.
Pas pour produire.
Mais parce que câest lĂ que tout devient simple.
Chaque nuit, ou presque, je mâinstalle sans mĂȘme y penser, comme on retrouve un endroit familier.
Aux alentours de trois heures du matin, lâĂ©cran sâallume doucement, Ă©clairant juste ce quâil faut pour ne pas rompre la magie.đ§ââïž
Les mots viennent naturellement.
Parfois ils hésitent, parfois ils dansent.
Ils prennent leur temps, se cherchent un peu, puis finissent toujours par trouver leur place.
Je nâai rien Ă forcer. Tout se fait avec une facilitĂ© presque dĂ©concertante, comme si ces heures mâĂ©taient offertes.
Et je les accepte. Sans me poser de questions.
Le temps, lui, sâefface. Il ne compte plus vraiment.â°
Les minutes glissent les unes dans les autres, sans rupture, sans contrainte.
Et puis, doucement, presque timidement, le jour commence Ă apparaĂźtre.
Une lumiĂšre pĂąle sâinvite derriĂšre les volets, comme une promesse. Câest toujours Ă ce moment-lĂ que je rĂ©alise que la nuit est passĂ©e.
Que jâai Ă©crit.
Que jâai Ă©tĂ© bien.
Et, chaque fois, la mĂȘme sensation revient.
Un équilibre fragile, mais précieux. Une habitude simple.
Rassurante.
Quelque chose qui, sans faire de bruit, tient parfaitement sa place dans ma vie.
JusquâĂ ce queâŠcomme chaque matin,
un petit rendez-vous vienne doucement me ramener au reste du monde.
Six heures.
Toujours six heures.
Pas six heures cinq. Pas cinq cinquante-huit.
Six heures pile.
Comme si quelque chose, quelque part, avait dĂ©crĂ©tĂ© que câĂ©tait Ă cet instant prĂ©cis que tout devait sâarrĂȘter.
Ă cet instant-lĂ , sans autre avertissement que cette rĂ©gularitĂ© implacable, une petite icĂŽne en forme de cloche sâanime dans un coin de mon Ă©cran. đ
Elle se met Ă scintiller doucement, presque timidement, avant de laisser apparaĂźtre une fenĂȘtre accompagnĂ©e dâune mĂ©lodie que jâai moi-mĂȘme choisie, convaincu Ă lâĂ©poque quâelle serait suffisamment douce pour ne pas heurter mes oreilles encore engourdies par la nuit.
Une musique presque agréable, en réalité. LégÚre. Mélodieuse.
Quelque chose qui pourrait passer inaperçuâŠ
si elle nâĂ©tait pas associĂ©e Ă ce quâelle annonce.
Car cette alarme nâa rien dâanodin.
đ¶Tadadada⊠tada⊠tadaaaaaaaaaaaaaaaaâŠ
Elle ne me rappelle ni un mĂ©dicament Ă prendre, ni une tĂąche urgente Ă accomplir, ni mĂȘme cette habitude un peu ridicule dâaller vĂ©rifier si jâai vendu un livre pendant la nuit.
Non.
Elle déclenche autre chose.
Quelque chose de beaucoup plus concret.
Parce que lorsque la premiĂšre note retentitâŠelle est dĂ©jĂ lĂ .
Mimine !đ
Toujours.
Comme si elle avait anticipé.
Comme si elle attendait ce moment prĂ©cis depuis des heures, parfaitement synchronisĂ©e avec un signal que, pourtant, elle nâest pas censĂ©e maĂźtriser.
InstallĂ©e Ă cĂŽtĂ© de moi, en boule, dans une position qui pourrait laisser croire quâelle dort encore, elle donne lâillusion du repos.
Mais ses yeux, eux, trahissent immédiatement cette façade. Ils sont ouverts. Vifs. Attentifs.
Et ils passent lentement de lâĂ©cran Ă mon visage, dans un mouvement rĂ©gulier, presque calculĂ©, comme si elle surveillait Ă la fois lâorigine du son et celui qui est censĂ© y rĂ©pondre.
Il y a quelque chose dâĂ©trange dans cette maniĂšre quâelle a dâĂȘtre prĂȘte sans bouger.
ImmobileâŠ
et pourtant déjà en action.
La musique continue de sâĂ©lever dans la piĂšce.
đ¶Tadadada⊠tada⊠tadaaaaaaaaaaaaaaaaâŠ
Une de ses oreilles tressaille Ă peine. Un mouvement minuscule, presque invisible, mais qui suffit Ă trahir une attention totale.
Sa tĂȘte pivote lentement vers les enceintes, avec cette lenteur volontaire qui donne lâimpression quâelle dĂ©couvre le son pour la premiĂšre fois, alors mĂȘme que cette mĂ©lodie rythme ses matins depuis des annĂ©es.
Elle fixe la source du bruit avec une intensitĂ© particuliĂšre, comme si quelque chose, ce matin-lĂ , ne correspondait pas tout Ă fait Ă ce quâelle attendait.
Et, en effet⊠quelque chose ne colle pas.
Le week-end a laissĂ© derriĂšre lui un lĂ©ger dĂ©sordre. Ce changement dâheure absurde, qui ne concerne que les humains, a introduit un dĂ©calage infime, presque imperceptible, mais bien rĂ©el.
Son horloge interne, elle, nâa pas bougĂ©.
Son corps nâa pas encore envoyĂ© le signal.
Et pourtant, la musique est déjà là .
Elle reste parfaitement immobile.
Ses yeux se plissent lĂ©gĂšrement, comme si elle cherchait Ă comprendre ce qui ne fonctionne pas, ce qui vient troubler un enchaĂźnement quâelle connaĂźt pourtant parfaitement. La mĂ©lodie est identique Ă celle de tous les autres jours⊠mais elle, pour la premiĂšre fois, semble marquer une hĂ©sitation.
Puis son regard revient vers moi.
Lentement.
Sans un son. Sans un geste.
Elle attend.
Elle attend que je confirme. Que je valide. Que je prononce ce signal quâelle connaĂźt par cĆur et qui, chaque matin, dĂ©clenche la suite.
Je la regarde.
Et, volontairement, je laisse traĂźner.
Un jeu.
Un rituel Ă lâintĂ©rieur du rituel. Une dĂ©claration façon Jean-Luc Reichmann et sa question « co »… sa question « ine »… sa question « Coquine »
â Câest lâheure de la PaâŠ?
Je mâinterromps.
Je vois son regard se tendre légÚrement, se fixer davantage.
â Câest lâheure de la TĂ©âŠ?
Un frémissement traverse son corps, discret mais indéniable.
â Câest lâheure de la pĂątĂ©âŠ
Cette fois, la rĂ©action est immĂ©diate â mais elle nâest pas brutale. Câest comme si un mĂ©canisme interne venait de se relĂącher dâun seul coup, libĂ©rant toute la tension accumulĂ©e pendant cette attente silencieuse.
Elle se redresse, sâĂ©tire Ă moitiĂ©, puis laisse Ă©chapper une sĂ©rie de miaulements rapides, dont la tonalitĂ© oscille entre lâimpatience et une forme de reproche Ă peine voilĂ©e.
Elle saute du bureau avec une prĂ©cision parfaite, sans un bruit Ă lâatterrissage, puis se dirige vers la porte dâun pas dĂ©cidĂ©, comme si tout cela nâĂ©tait quâune formalitĂ© parfaitement rodĂ©e.
Je coupe la musique.
TerminĂ© le đ¶Tadadada⊠tada⊠tadaaaaaaaaaaaaaaaaâŠ
Elle nây prĂȘte dĂ©jĂ plus attention.
Le rituel est lancé.
Je me lĂšve Ă mon tour, plus lentement, encore engourdi par la nuit, et je prends la direction de la cuisine.
Elle me suit immédiatement, présence insistante dans mon sillage, presque collée à mes pas.
Mes gestes sâenchaĂźnent sans rĂ©flexion, guidĂ©s par une habitude ancrĂ©e depuis longtemps.
Jâouvre le frigo.
Mon regard se pose automatiquement Ă lâendroit habituel de la porte.
Vide.
Je reste immobile une seconde, le temps que lâinformation sâimprime.
Puis le souvenir revient.
Nouveau paquet.
Balle neuve !
DerriĂšre moi, je sens quâelle observe. Elle se redresse, pose briĂšvement ses pattes sur le rebord pour vĂ©rifier par elle-mĂȘme, puis redescend aussitĂŽt, comme si elle avait dĂ©jĂ compris que la suite allait se jouer ailleurs.
Je referme le frigo.
Jâouvre le placard.
Jâattrape un sachet. Au hasard.
Je pourrais vérifier. Choisir. Respecter une logique.
Mais je ne le fais pas.
Je mâapproche de sa gamelle.
Elle est lĂ .
Immobile. Attentive.
Je prends le sachet.
Je le déchire lentement.
â Aujourdâhui, mademoiselleâŠ
Je prends mon temps.
â âŠce seraâŠ
Une seconde de trop, peut-ĂȘtre.
â âŠdu thon.
Le geste est familier, presque automatique, et pourtant, ce matin-lĂ , quelque chose dans lâair semble en modifier la nature.
Comme si chaque dĂ©tail avait pris une importance inhabituelle, comme si chacun de mes mouvements devait ĂȘtre observĂ©, Ă©valuĂ©.
Le sachet cĂšde sous la pression de mes doigts.
La dĂ©chirure du plastique libĂšre immĂ©diatement cette odeur lourde, presque Ă©cĆurante pour un humain, mais qui, dâordinaire, agit sur elle comme un signal irrĂ©futable.
Le contenu glisse lentement dans la gamelle.
Ăpais. Visqueux.
Il sâĂ©crase avec un bruit mou, humide, presque organique, qui rĂ©sonne Ă©trangement dans le silence de la cuisine. Je prends mĂȘme le temps, sans vraiment savoir pourquoi, de presser le sachet pour en extraire chaque parcelle, comme si laisser un reste serait une faute.
DerriĂšre moiâŠ
je la sens.
Je ne la vois pas encore.
Mais je la sens.
Immobile. Présente.
Je me redresse lentement, essuie mes doigts, puis me dĂ©cale pour lui laisser lâaccĂšs.
Dâhabitude, câest la fin du rituel.
Mais pas cette fois.
Elle avance.
Lentement.
Sans cette prĂ©cipitation gourmande qui la fait habituellement presque glisser jusquâĂ la gamelle.
Son pas est mesuré. Calculé.
Elle sâarrĂȘte Ă quelques centimĂštres.
Et elle observe.
Longuement.
Comme si elle cherchait quelque chose.
Ou comme si elle vérifiait.
Elle sâapproche encore lĂ©gĂšrement. Son museau frĂŽle la surface. Elle renifle.
Une fois.
Puis une seconde, plus longue.
Son souffle déforme à peine la texture.
Elle incline la tĂȘte.
Et goûte.
Ă peine.
Juste le bout de la langue.
Un contact bref. Presque expérimental.
Puis elle se fige.
ComplĂštement.
Plus rien ne bouge.
Son corps se tend, imperceptiblement, comme si quelque chose venait de se produire.
Quelque chose qui, pour elle, est Ă©vident⊠mais qui mâĂ©chappe totalement.
Le temps semble sâĂ©tirer.
Je reste lĂ , sans oser bouger.
Elle ne mange pas.
Elle ne recule pas.
Elle attend.
Puis, lentement⊠elle relĂšve la tĂȘte.
Et elle me regarde.
Ce nâest pas son regard habituel.
Il nây a plus dâimpatience. Plus dâattente.
Il y a autre chose.
Quelque chose de fixe. Dâintense. De froid.
Je sens mon corps se raidir, sans raison claire.
Une réaction instinctive, comme si une alarme silencieuse venait de se déclencher en moi.
Je fais un pas en arriĂšre.
TrĂšs lentement.
Elle ne me quitte pas des yeux.
Son corps reste immobile⊠mais sa posture a changé.
Une tension nouvelle.
Comme si elle évaluait.
La distance.
Le temps.
Moi.
Je déglutis.
Le bruit me paraĂźt anormalement fort dans le silence.
Elle avance.
Un pas.
Puis un autre.
Toujours avec cette lenteur maßtrisée.
Je recule encore.
JusquâĂ sentir le mur dans mon dos.
Froid. Immobile. Sans issue.
Elle se rapproche.
MĂštre aprĂšs mĂštre.
Sans précipitation.
Sans hésitation.
Puis, sans le moindre signe annonciateurâŠ
elle bondit.
Le choc est brutal. Sec.
Son corps percute le mien avec une force que je ne lui connaissais pas.
Ses griffes sâenfoncent dans mes Ă©paules avec une prĂ©cision terrifiante, comme si chaque point dâimpact avait Ă©tĂ© choisi Ă lâavance.
La douleur est immédiate.
Violente.
Mais elle nâest rien comparĂ©e Ă ce qui suit.
Sa tĂȘte se projette vers ma gorge.
Je sens la pression.
Ses crocs.
Fins. Aiguisés.
Ils percent la peau avec une facilité déconcertante.
Un instant.
Un seul.
Mais suffisant.
Une chaleur brutale se répand.
Le sang jaillit. Ăpais. Sombre.
Il éclabousse le plan de travail, trace une ligne irréguliÚre sur la porte du micro-ondes.
Je porte la main Ă mon cou, instinctivement, comme pour retenir quelque chose qui mâĂ©chappe dĂ©jĂ .
Je tente de crier.
Mais aucun son ne sort. Juste un souffle brisé.
Elle relĂąche. Aussi vite quâelle a attaquĂ©.
Elle retombe au sol avec une lĂ©gĂšretĂ© irrĂ©elle, parfaitement stable, parfaitement maĂźtrisĂ©e, comme si cette violence nâavait Ă©tĂ© quâun geste prĂ©cis, technique, dĂ©pourvu de toute Ă©motion.
Puis elle recule.
Un pas.
Deux.
Elle me regarde encore une seconde.
Simplement.
Comme pour vérifier.
Puis elle se détourne.
Retourne vers la gamelle.
Et commence Ă manger.
Calmement.
Lentement.
Comme si rien ne sâĂ©tait passĂ©.
Comme si le sang qui sâĂ©coule entre mes doigts nâavait aucune importance.
Comme si, pour elleâŠtout Ă©tait parfaitement normal.
Et lĂ , dans cet instant suspendu oĂč tout bascule, oĂč la douleur pulse encore contre ma gorge tandis que le sang continue de sâĂ©chapper entre mes doigts, quelque chose sâaligne enfin dans mon esprit.
Une évidence.
Brutale, presque ridicule dans sa simplicité.
Je comprends.
Je comprends son geste.
Je comprends, surtout, cette forme de colĂšre froide que jâai cru percevoir dans son regard quelques secondes plus tĂŽt, cette incomprĂ©hension qui nâen Ă©tait pas vraiment une, mais plutĂŽt⊠une faute que je venais de commettre sans mĂȘme mâen rendre compte.
Nous ne sommes que mercredi.
Mercredi bordel !!!!!
Et moi⊠moi, dans une sorte dâautomatisme absurde, ou peut-ĂȘtre par simple nĂ©gligence, jâai ouvert un sachet de thon.
Le thon, le poisson⊠ce nâest pas nâimporte quel repas.
Câest le vendredi.
Toujours.
Depuis des années.
Un rituel dans le rituel, presque aussi immuable que cette alarme de six heures, presque aussi ancrĂ© que mes nuits dâĂ©criture.
Une habitude hĂ©ritĂ©e dâon ne sait trop oĂč, sans doute de ces traditions catholiques un peu poussiĂ©reuses qui veulent que le poisson soit rĂ©servĂ© au vendredi â vestige dâune Ă©poque oĂč mĂȘme les menus avaient une morale.
Et elle, évidemment⊠elle le sait.
Pas comme nous le savons, nous, avec des mots et des souvenirs.
Non.
Elle le sait autrement.
Dans le corps.
Dans le rythme.
Dans cette mécanique invisible qui structure ses journées avec une précision bien plus rigoureuse que la mienne.
Pour elle, il nây a pas dâapproximation.
Pas dâerreur tolĂ©rĂ©e.
Le vendredi, câest le poisson.
Pas le mercredi.
Jamais le mercredi.
Alors ce goût. Cette odeur. Ce signal incohérent. Ce décalage.
Tout prend sens.
Ce nâĂ©tait pas de lâhĂ©sitation.
CâĂ©tait une anomalie.
Et face à une anomalie⊠elle a réagi.
Simplement.
Logiquement.
Ă sa maniĂšre.
Je laisse Ă©chapper un souffle qui nâen est pas vraiment un, quelque chose entre un rire Ă©touffĂ© et une tentative ratĂ©e de reprendre le contrĂŽle de la situation.
Parce que, malgrĂ© toutâŠ
malgré la douleur,
malgré le sang,
malgrĂ© lâabsurditĂ© totale de la scĂšneâŠ
il y a une part de moi qui trouve ça presque cohérent.
Presque juste.
Et câest peut-ĂȘtre ça, le plus inquiĂ©tant.
Je reste lĂ , adossĂ© au mur, Ă la regarder manger comme si rien ne sâĂ©tait passĂ©, et une pensĂ©e, doucement, sâimpose au milieu du chaos.
Au dĂ©partâŠce nâĂ©tait pas censĂ© ĂȘtre ça.
Pas du tout.
Ă la base, jâĂ©tais parti sur quelque chose de lĂ©ger. Presque doux.
Une scÚne du quotidien, un moment suspendu entre un homme et son animal, une routine nocturne, un réveil, une complicité silencieuse⊠quelque chose qui aurait pu ressembler, de loin, à un début de récit apaisé.
Un feel good.
Oui.
LâidĂ©e me faisait presque sourire, dâailleurs.
Moi, écrire du feel good.
Comme si, lâespace de quelques pages, je pouvais mettre de cĂŽtĂ© ce qui me vient naturellement, ce qui sâimpose sans que je le dĂ©cide vraiment.
Et pourtantâŠ
Jâai essayĂ©.
Vraiment.
Je me suis laissĂ© porter par le calme, par le silence, par cette atmosphĂšre douce des nuits dâĂ©criture.
Et puis, sans prĂ©venirâŠĂ§a a dĂ©viĂ©.
Comme toujours.
Sans effort.
Sans intention claire.
Sans mĂȘme que je mâen rende compte sur le moment.
Une tension qui sâinstalle. Un dĂ©tail qui dĂ©range. Un regard qui change.
Et, presque mécaniquement, tout bascule.
La douceur se fissure. Le quotidien se tord. Le banal devient suspect.
JusquâĂ ce point prĂ©cis oĂč il nâest plus possible de revenir en arriĂšre.
Et voilĂ .
Une scĂšne violente.
Encore.
Comme si, quelque part, câĂ©tait inscrit.
Comme si ma façon dâĂ©crire refusait simplement de rester Ă la surface.
Comme si, quoi que je fasse, je finissais toujours par creuser du cÎté le plus sombre.
Câest plus fort que moi.
Câest viscĂ©ral.
Les polars noirs, les thrillers⊠ce nâest pas un choix stratĂ©gique, ce nâest pas une case dans laquelle je me serais enfermĂ© volontairement.
Câest un rĂ©flexe.
Une maniĂšre de voir.
De raconter.
De dĂ©former le rĂ©el jusquâĂ en faire ressortir ce quâil a de plus inquiĂ©tant.
Alors ouiâŠau final, mes lecteurs auront commencĂ© quelque chose qui ressemblait Ă un feel good.
Une routine nocturne.
Un homme.
Un chat.
Une petite musique Ă six heures du matin.
Et ils se retrouvent ici.
Avec du sang sur le carrelage.
Une gorge entamée.
Et un animal qui mange tranquillement comme si tout était parfaitement normal.
Mais au fondâŠsâils me connaissent un peuâŠsâils ont dĂ©jĂ traĂźnĂ© dans mes romans ou dans mes billetsâŠ
je suis Ă peu prĂšs certain quâils lâont senti venir.
Ce moment oĂč ça vrille.
Ce point de bascule.
Ce glissement discret mais inévitable vers quelque chose de plus sombre.
Ils ont dĂ» se dire, Ă un moment ou Ă un autre :
âĂa ne va pas rester comme ça.â
Et ils avaient raison.
Et si, par hasard, ce nâĂ©tait pas le casâŠsi certains se sont laissĂ©s prendre au jeu, pensant vraiment lire un texte lĂ©ger jusquâau boutâŠ
alors, dans ce cas-lĂ âŠle challenge est relevĂ©.
Parce quâils viennent de vivre quelque chose dâassez rare, finalement.
Lire un feel goodâŠfaçon Romuald le romancier noir.
Lire un feel good…façon Serrado la rĂ©fĂ©rence du thriller dans son immeuble…
Commencer dans le calme, continuer dans le doute et terminer dans un thriller.
Un vrai.
Peut-ĂȘtre mĂȘme, pour la premiĂšre fois de leur vieâŠviennent-ils de lire leur tout premier feel good thriller ?!
Et pour ceux qui nâont toujours pas percutĂ© quel jour on estâŠ
Je rappelle donc que nous sommes aujourdâhui le 1er avril…đ đđĄ
Si ce texte vous a plu et que vous avez envie de le commenter ou de le partager sur Facebook, prolongez cette farce et essayez de ne pas spoiler svp cette blague !
Merci
đ
Romuald Serrado
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