S01E03-Ma premiùre nouvelle sauce🌈FEEL GOOD🌞💐!!!!

feel good
Temps de lecture : 10 minutes

🌞Le rituel du matin💐

Ce n’est un secret pour personne — du moins pour ceux qui prennent encore le temps de s’attarder sur les quelques lignes que je dĂ©pose ici, comme on laisse une tasse chaude sur une table encore tiĂšde — que, avec les annĂ©es, j’ai fini par apprivoiser une routine d’écriture un peu Ă  part, un peu dĂ©calĂ©e
 mais Ă©trangement douce.

Ce n’est pas vraiment un choix.
Encore moins une posture.

C’est arrivĂ© doucement, presque tendrement, sans que je m’en rende compte.

🌈Comme ces habitudes qui s’installent sans bruit, qui se glissent dans le quotidien et finissent par en devenir les plus jolis moments.
Mon corps a simplement changé de rythme, comme on change de saison.

Il s’est mis Ă  prĂ©fĂ©rer les heures calmes, celles oĂč le monde ralentit, oĂč tout semble plus lĂ©ger, moins pressĂ©.

Les nuits ne sont plus tout à fait faites pour dormir profondément, et les journées ne sont plus les seules à appartenir aux vivants.
Et, contre toute attente
 ça me plaüt.🌜

Le sommeil vient tĂŽt, parfois mĂȘme un peu trop, comme une invitation Ă  lĂącher prise.
Puis il repart, discrùtement, me laissant au cƓur de la nuit dans une bulle hors du temps.

Un espace suspendu.
À cette heure-lĂ , tout est diffĂ©rent.

Le silence n’est pas vide, il est apaisant.
Il enveloppe.
Il protĂšge.đŸ›Ąïž

La maison semble respirer plus lentement, et moi avec elle.
Il n’y a plus d’urgence, plus de bruit, plus de monde.

☁Juste une prĂ©sence douce, comme du coton.
La mienne.
Et celle de ce moment.💐
✍Alors j’écris.

Pas par obligation.
Pas pour produire.
Mais parce que c’est là que tout devient simple.

Chaque nuit, ou presque, je m’installe sans mĂȘme y penser, comme on retrouve un endroit familier.
Aux alentours de trois heures du matin, l’écran s’allume doucement, Ă©clairant juste ce qu’il faut pour ne pas rompre la magie.đŸ§™â€â™‚ïž

Les mots viennent naturellement.

Parfois ils hésitent, parfois ils dansent.
Ils prennent leur temps, se cherchent un peu, puis finissent toujours par trouver leur place.

Je n’ai rien Ă  forcer. Tout se fait avec une facilitĂ© presque dĂ©concertante, comme si ces heures m’étaient offertes.
Et je les accepte. Sans me poser de questions.
Le temps, lui, s’efface. Il ne compte plus vraiment.⏰
Les minutes glissent les unes dans les autres, sans rupture, sans contrainte.

Et puis, doucement, presque timidement, le jour commence Ă  apparaĂźtre.
Une lumiĂšre pĂąle s’invite derriĂšre les volets, comme une promesse. C’est toujours Ă  ce moment-lĂ  que je rĂ©alise que la nuit est passĂ©e.
Que j’ai Ă©crit.
Que j’ai Ă©tĂ© bien.
Et, chaque fois, la mĂȘme sensation revient.

Un équilibre fragile, mais précieux. Une habitude simple.
Rassurante.

Quelque chose qui, sans faire de bruit, tient parfaitement sa place dans ma vie.

Jusqu’à ce que
comme chaque matin,

un petit rendez-vous vienne doucement me ramener au reste du monde.

Six heures.
Toujours six heures.
Pas six heures cinq. Pas cinq cinquante-huit.
Six heures pile.

Comme si quelque chose, quelque part, avait dĂ©crĂ©tĂ© que c’était Ă  cet instant prĂ©cis que tout devait s’arrĂȘter.
À cet instant-lĂ , sans autre avertissement que cette rĂ©gularitĂ© implacable, une petite icĂŽne en forme de cloche s’anime dans un coin de mon Ă©cran. 🔔

Elle se met Ă  scintiller doucement, presque timidement, avant de laisser apparaĂźtre une fenĂȘtre accompagnĂ©e d’une mĂ©lodie que j’ai moi-mĂȘme choisie, convaincu Ă  l’époque qu’elle serait suffisamment douce pour ne pas heurter mes oreilles encore engourdies par la nuit.
Une musique presque agréable, en réalité. LégÚre. Mélodieuse.
Quelque chose qui pourrait passer inaperçu

si elle n’était pas associĂ©e Ă  ce qu’elle annonce.
Car cette alarme n’a rien d’anodin.
đŸŽ¶Tadadada
 tada
 tadaaaaaaaaaaaaaaaa

Elle ne me rappelle ni un mĂ©dicament Ă  prendre, ni une tĂąche urgente Ă  accomplir, ni mĂȘme cette habitude un peu ridicule d’aller vĂ©rifier si j’ai vendu un livre pendant la nuit.
Non.
Elle déclenche autre chose.
Quelque chose de beaucoup plus concret.
Parce que lorsque la premiÚre note retentit
elle est déjà là.

Mimine !🐈

Toujours.
Comme si elle avait anticipé.
Comme si elle attendait ce moment prĂ©cis depuis des heures, parfaitement synchronisĂ©e avec un signal que, pourtant, elle n’est pas censĂ©e maĂźtriser.
InstallĂ©e Ă  cĂŽtĂ© de moi, en boule, dans une position qui pourrait laisser croire qu’elle dort encore, elle donne l’illusion du repos.

Mais ses yeux, eux, trahissent immédiatement cette façade. Ils sont ouverts. Vifs. Attentifs.
Et ils passent lentement de l’écran Ă  mon visage, dans un mouvement rĂ©gulier, presque calculĂ©, comme si elle surveillait Ă  la fois l’origine du son et celui qui est censĂ© y rĂ©pondre.
Il y a quelque chose d’étrange dans cette maniĂšre qu’elle a d’ĂȘtre prĂȘte sans bouger.
Immobile

et pourtant déjà en action.
La musique continue de s’élever dans la piĂšce.
đŸŽ¶Tadadada
 tada
 tadaaaaaaaaaaaaaaaa

Une de ses oreilles tressaille Ă  peine. Un mouvement minuscule, presque invisible, mais qui suffit Ă  trahir une attention totale.
Sa tĂȘte pivote lentement vers les enceintes, avec cette lenteur volontaire qui donne l’impression qu’elle dĂ©couvre le son pour la premiĂšre fois, alors mĂȘme que cette mĂ©lodie rythme ses matins depuis des annĂ©es.
Elle fixe la source du bruit avec une intensitĂ© particuliĂšre, comme si quelque chose, ce matin-lĂ , ne correspondait pas tout Ă  fait Ă  ce qu’elle attendait.

Et, en effet
 quelque chose ne colle pas.
Le week-end a laissĂ© derriĂšre lui un lĂ©ger dĂ©sordre. Ce changement d’heure absurde, qui ne concerne que les humains, a introduit un dĂ©calage infime, presque imperceptible, mais bien rĂ©el.
Son horloge interne, elle, n’a pas bougĂ©.
Son corps n’a pas encore envoyĂ© le signal.
Et pourtant, la musique est déjà là.
Elle reste parfaitement immobile.
Ses yeux se plissent lĂ©gĂšrement, comme si elle cherchait Ă  comprendre ce qui ne fonctionne pas, ce qui vient troubler un enchaĂźnement qu’elle connaĂźt pourtant parfaitement. La mĂ©lodie est identique Ă  celle de tous les autres jours
 mais elle, pour la premiĂšre fois, semble marquer une hĂ©sitation.
Puis son regard revient vers moi.
Lentement.
Sans un son. Sans un geste.
Elle attend.
Elle attend que je confirme. Que je valide. Que je prononce ce signal qu’elle connaĂźt par cƓur et qui, chaque matin, dĂ©clenche la suite.
Je la regarde.
Et, volontairement, je laisse traĂźner.
Un jeu.
Un rituel Ă  l’intĂ©rieur du rituel. Une dĂ©claration façon Jean-Luc Reichmann et sa question « co »… sa question « ine »… sa question « Coquine »
— C’est l’heure de la Pa
?

Je m’interromps.
Je vois son regard se tendre légÚrement, se fixer davantage.
— C’est l’heure de la Té ?

Un frémissement traverse son corps, discret mais indéniable.
— C’est l’heure de la pĂąté 

Cette fois, la rĂ©action est immĂ©diate — mais elle n’est pas brutale. C’est comme si un mĂ©canisme interne venait de se relĂącher d’un seul coup, libĂ©rant toute la tension accumulĂ©e pendant cette attente silencieuse.
Elle se redresse, s’étire Ă  moitiĂ©, puis laisse Ă©chapper une sĂ©rie de miaulements rapides, dont la tonalitĂ© oscille entre l’impatience et une forme de reproche Ă  peine voilĂ©e.
Elle saute du bureau avec une prĂ©cision parfaite, sans un bruit Ă  l’atterrissage, puis se dirige vers la porte d’un pas dĂ©cidĂ©, comme si tout cela n’était qu’une formalitĂ© parfaitement rodĂ©e.
Je coupe la musique.
TerminĂ© le đŸŽ¶Tadadada
 tada
 tadaaaaaaaaaaaaaaaa

Elle n’y prĂȘte dĂ©jĂ  plus attention.

Le rituel est lancé.
Je me lĂšve Ă  mon tour, plus lentement, encore engourdi par la nuit, et je prends la direction de la cuisine.
Elle me suit immédiatement, présence insistante dans mon sillage, presque collée à mes pas.
Mes gestes s’enchaĂźnent sans rĂ©flexion, guidĂ©s par une habitude ancrĂ©e depuis longtemps.
J’ouvre le frigo.
Mon regard se pose automatiquement à l’endroit habituel de la porte.
Vide.
Je reste immobile une seconde, le temps que l’information s’imprime.
Puis le souvenir revient.
Nouveau paquet.
Balle neuve !

DerriĂšre moi, je sens qu’elle observe. Elle se redresse, pose briĂšvement ses pattes sur le rebord pour vĂ©rifier par elle-mĂȘme, puis redescend aussitĂŽt, comme si elle avait dĂ©jĂ  compris que la suite allait se jouer ailleurs.
Je referme le frigo.
J’ouvre le placard.
J’attrape un sachet. Au hasard.
Je pourrais vérifier. Choisir. Respecter une logique.
Mais je ne le fais pas.
Je m’approche de sa gamelle.
Elle est lĂ .
Immobile. Attentive.
Je prends le sachet.
Je le déchire lentement.
— Aujourd’hui, mademoiselle

Je prends mon temps.
— 
ce sera

Une seconde de trop, peut-ĂȘtre.
— 
du thon.

Le geste est familier, presque automatique, et pourtant, ce matin-là, quelque chose dans l’air semble en modifier la nature.
Comme si chaque dĂ©tail avait pris une importance inhabituelle, comme si chacun de mes mouvements devait ĂȘtre observĂ©, Ă©valuĂ©.
Le sachet cĂšde sous la pression de mes doigts.
La dĂ©chirure du plastique libĂšre immĂ©diatement cette odeur lourde, presque Ă©cƓurante pour un humain, mais qui, d’ordinaire, agit sur elle comme un signal irrĂ©futable.
Le contenu glisse lentement dans la gamelle.
Épais. Visqueux.
Il s’écrase avec un bruit mou, humide, presque organique, qui rĂ©sonne Ă©trangement dans le silence de la cuisine. Je prends mĂȘme le temps, sans vraiment savoir pourquoi, de presser le sachet pour en extraire chaque parcelle, comme si laisser un reste serait une faute.
Derriùre moi

je la sens.
Je ne la vois pas encore.
Mais je la sens.
Immobile. Présente.
Je me redresse lentement, essuie mes doigts, puis me dĂ©cale pour lui laisser l’accĂšs.

D’habitude, c’est la fin du rituel.
Mais pas cette fois.
Elle avance.
Lentement.
Sans cette prĂ©cipitation gourmande qui la fait habituellement presque glisser jusqu’à la gamelle.
Son pas est mesuré. Calculé.
Elle s’arrĂȘte Ă  quelques centimĂštres.
Et elle observe.
Longuement.
Comme si elle cherchait quelque chose.
Ou comme si elle vérifiait.
Elle s’approche encore lĂ©gĂšrement. Son museau frĂŽle la surface. Elle renifle.
Une fois.
Puis une seconde, plus longue.
Son souffle déforme à peine la texture.
Elle incline la tĂȘte.
Et goûte.
À peine.
Juste le bout de la langue.
Un contact bref. Presque expérimental.
Puis elle se fige.
ComplĂštement.
Plus rien ne bouge.

Son corps se tend, imperceptiblement, comme si quelque chose venait de se produire.
Quelque chose qui, pour elle, est Ă©vident
 mais qui m’échappe totalement.
Le temps semble s’étirer.
Je reste lĂ , sans oser bouger.
Elle ne mange pas.
Elle ne recule pas.
Elle attend.
Puis, lentement
 elle relĂšve la tĂȘte.
Et elle me regarde.
Ce n’est pas son regard habituel.
Il n’y a plus d’impatience. Plus d’attente.
Il y a autre chose.
Quelque chose de fixe. D’intense. De froid.
Je sens mon corps se raidir, sans raison claire.
Une réaction instinctive, comme si une alarme silencieuse venait de se déclencher en moi.
Je fais un pas en arriĂšre.
TrĂšs lentement.
Elle ne me quitte pas des yeux.
Son corps reste immobile
 mais sa posture a changé.
Une tension nouvelle.
Comme si elle évaluait.
La distance.
Le temps.
Moi.

Je déglutis.

Le bruit me paraĂźt anormalement fort dans le silence.
Elle avance.
Un pas.
Puis un autre.
Toujours avec cette lenteur maßtrisée.
Je recule encore.
Jusqu’à sentir le mur dans mon dos.
Froid. Immobile. Sans issue.
Elle se rapproche.
MĂštre aprĂšs mĂštre.
Sans précipitation.
Sans hésitation.
Puis, sans le moindre signe annonciateur

elle bondit.
Le choc est brutal. Sec.
Son corps percute le mien avec une force que je ne lui connaissais pas.
Ses griffes s’enfoncent dans mes Ă©paules avec une prĂ©cision terrifiante, comme si chaque point d’impact avait Ă©tĂ© choisi Ă  l’avance.
La douleur est immédiate.
Violente.
Mais elle n’est rien comparĂ©e Ă  ce qui suit.
Sa tĂȘte se projette vers ma gorge.
Je sens la pression.
Ses crocs.
Fins. Aiguisés.
Ils percent la peau avec une facilité déconcertante.
Un instant.
Un seul.
Mais suffisant.

Une chaleur brutale se répand.
Le sang jaillit. Épais. Sombre.
Il éclabousse le plan de travail, trace une ligne irréguliÚre sur la porte du micro-ondes.
Je porte la main Ă  mon cou, instinctivement, comme pour retenir quelque chose qui m’échappe dĂ©jĂ .
Je tente de crier.
Mais aucun son ne sort. Juste un souffle brisé.
Elle relĂąche. Aussi vite qu’elle a attaquĂ©.
Elle retombe au sol avec une lĂ©gĂšretĂ© irrĂ©elle, parfaitement stable, parfaitement maĂźtrisĂ©e, comme si cette violence n’avait Ă©tĂ© qu’un geste prĂ©cis, technique, dĂ©pourvu de toute Ă©motion.
Puis elle recule.

Un pas.
Deux.
Elle me regarde encore une seconde.
Simplement.
Comme pour vérifier.
Puis elle se détourne.
Retourne vers la gamelle.
Et commence Ă  manger.
Calmement.
Lentement.
Comme si rien ne s’était passĂ©.
Comme si le sang qui s’écoule entre mes doigts n’avait aucune importance.
Comme si, pour elle
tout était parfaitement normal.

Et lĂ , dans cet instant suspendu oĂč tout bascule, oĂč la douleur pulse encore contre ma gorge tandis que le sang continue de s’échapper entre mes doigts, quelque chose s’aligne enfin dans mon esprit.
Une évidence.
Brutale, presque ridicule dans sa simplicité.
Je comprends.
Je comprends son geste.
Je comprends, surtout, cette forme de colĂšre froide que j’ai cru percevoir dans son regard quelques secondes plus tĂŽt, cette incomprĂ©hension qui n’en Ă©tait pas vraiment une, mais plutĂŽt
 une faute que je venais de commettre sans mĂȘme m’en rendre compte.

Nous ne sommes que mercredi.
Mercredi bordel !!!!!
Et moi
 moi, dans une sorte d’automatisme absurde, ou peut-ĂȘtre par simple nĂ©gligence, j’ai ouvert un sachet de thon.
Le thon, le poisson
 ce n’est pas n’importe quel repas.
C’est le vendredi.
Toujours.
Depuis des années.
Un rituel dans le rituel, presque aussi immuable que cette alarme de six heures, presque aussi ancrĂ© que mes nuits d’écriture.
Une habitude hĂ©ritĂ©e d’on ne sait trop oĂč, sans doute de ces traditions catholiques un peu poussiĂ©reuses qui veulent que le poisson soit rĂ©servĂ© au vendredi — vestige d’une Ă©poque oĂč mĂȘme les menus avaient une morale.
Et elle, évidemment
 elle le sait.
Pas comme nous le savons, nous, avec des mots et des souvenirs.
Non.
Elle le sait autrement.
Dans le corps.
Dans le rythme.
Dans cette mécanique invisible qui structure ses journées avec une précision bien plus rigoureuse que la mienne.
Pour elle, il n’y a pas d’approximation.
Pas d’erreur tolĂ©rĂ©e.
Le vendredi, c’est le poisson.
Pas le mercredi.
Jamais le mercredi.

Alors ce goût. Cette odeur. Ce signal incohérent. Ce décalage.
Tout prend sens.
Ce n’était pas de l’hĂ©sitation.
C’était une anomalie.
Et face à une anomalie
 elle a réagi.
Simplement.
Logiquement.
À sa maniùre.

Je laisse Ă©chapper un souffle qui n’en est pas vraiment un, quelque chose entre un rire Ă©touffĂ© et une tentative ratĂ©e de reprendre le contrĂŽle de la situation.
Parce que, malgré tout

malgré la douleur,
malgré le sang,
malgrĂ© l’absurditĂ© totale de la scĂšne

il y a une part de moi qui trouve ça presque cohérent.
Presque juste.
Et c’est peut-ĂȘtre ça, le plus inquiĂ©tant.
Je reste lĂ , adossĂ© au mur, Ă  la regarder manger comme si rien ne s’était passĂ©, et une pensĂ©e, doucement, s’impose au milieu du chaos.


Au dĂ©part
ce n’était pas censĂ© ĂȘtre ça.
Pas du tout.

À la base, j’étais parti sur quelque chose de lĂ©ger. Presque doux.
Une scÚne du quotidien, un moment suspendu entre un homme et son animal, une routine nocturne, un réveil, une complicité silencieuse
 quelque chose qui aurait pu ressembler, de loin, à un début de récit apaisé.
Un feel good.
Oui.
L’idĂ©e me faisait presque sourire, d’ailleurs.
Moi, écrire du feel good.
Comme si, l’espace de quelques pages, je pouvais mettre de cĂŽtĂ© ce qui me vient naturellement, ce qui s’impose sans que je le dĂ©cide vraiment.
Et pourtant

J’ai essayĂ©.
Vraiment.
Je me suis laissĂ© porter par le calme, par le silence, par cette atmosphĂšre douce des nuits d’écriture.
Et puis, sans prĂ©venir
ça a dĂ©viĂ©.
Comme toujours.
Sans effort.
Sans intention claire.
Sans mĂȘme que je m’en rende compte sur le moment.
Une tension qui s’installe. Un dĂ©tail qui dĂ©range. Un regard qui change.
Et, presque mécaniquement, tout bascule.
La douceur se fissure. Le quotidien se tord. Le banal devient suspect.
Jusqu’à ce point prĂ©cis oĂč il n’est plus possible de revenir en arriĂšre.
Et voilĂ .
Une scĂšne violente.
Encore.
Comme si, quelque part, c’était inscrit.
Comme si ma façon d’écrire refusait simplement de rester Ă  la surface.
Comme si, quoi que je fasse, je finissais toujours par creuser du cÎté le plus sombre.
C’est plus fort que moi.
C’est viscĂ©ral.

Les polars noirs, les thrillers
 ce n’est pas un choix stratĂ©gique, ce n’est pas une case dans laquelle je me serais enfermĂ© volontairement.
C’est un rĂ©flexe.
Une maniĂšre de voir.
De raconter.
De dĂ©former le rĂ©el jusqu’à en faire ressortir ce qu’il a de plus inquiĂ©tant.
Alors oui
au final, mes lecteurs auront commencé quelque chose qui ressemblait à un feel good.
Une routine nocturne.
Un homme.
Un chat.
Une petite musique Ă  six heures du matin.
Et ils se retrouvent ici.
Avec du sang sur le carrelage.
Une gorge entamée.
Et un animal qui mange tranquillement comme si tout était parfaitement normal.

Mais au fond
s’ils me connaissent un peu
s’ils ont dĂ©jĂ  traĂźnĂ© dans mes romans ou dans mes billets

je suis à peu prùs certain qu’ils l’ont senti venir.
Ce moment oĂč ça vrille.
Ce point de bascule.
Ce glissement discret mais inévitable vers quelque chose de plus sombre.
Ils ont dĂ» se dire, Ă  un moment ou Ă  un autre :
“Ça ne va pas rester comme ça.”

Et ils avaient raison.
Et si, par hasard, ce n’était pas le cas
si certains se sont laissĂ©s prendre au jeu, pensant vraiment lire un texte lĂ©ger jusqu’au bout

alors, dans ce cas-là
le challenge est relevĂ©.
Parce qu’ils viennent de vivre quelque chose d’assez rare, finalement.
Lire un feel good
façon Romuald le romancier noir.
Lire un feel good…façon Serrado la rĂ©fĂ©rence du thriller dans son immeuble…
Commencer dans le calme, continuer dans le doute et terminer dans un thriller.
Un vrai.
Peut-ĂȘtre mĂȘme, pour la premiĂšre fois de leur vie
viennent-ils de lire leur tout premier feel good thriller ?!

Et pour ceux qui n’ont toujours pas percutĂ© quel jour on est

Je rappelle donc que nous sommes aujourd’hui le 1er avril…🐠🐟🐡
Si ce texte vous a plu et que vous avez envie de le commenter ou de le partager sur Facebook, prolongez cette farce et essayez de ne pas spoiler svp cette blague !
Merci

😄

Romuald Serrado

 

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