Ma méthode (plutôt singulière) de création d’un roman, de l’idée au mot Fin

Temps de lecture : 6 minutes

Ma méthode de création d’un roman, de l’idée au mot FIN

Dans cet article, je vous propose de lever le voile sur ma manière très personnelle de créer un roman.
De la toute première idée griffonnée dans un calepin jusqu’à l’écriture du mot FIN, je détaille chaque étape de mon processus créatif, sans prétendre détenir une vérité…

Il y a donc 8 points, parce que je déteste les chiffres impairs.
Considérez-les comme les 8 commandements — pas forcément à suivre — de Romuald Serrado. 😄

Avant-propos

Avant toute chose, il me semble essentiel de préciser un point : ceci est ma méthode, celle qui fonctionne pour moi.
Elle n’a absolument pas vocation à être universelle, ni à servir de modèle à suivre à la lettre. Chaque auteur est différent, chaque esprit créatif a ses propres mécanismes, ses rituels, ses forces et ses fragilités.

Si je peux me permettre cette approche très visuelle et structurée, c’est aussi parce que je porte une double casquette : celle de tout jeune romancier (ça fait bizarre de dire ça lorsqu’on a en fait déjà vécu un demi-siècle), mais également celle de graphiste senior, avec plus de 30 ans d’expérience dans les domaines de la création visuelle et artistique. Cette réalité influence profondément ma manière d’aborder l’écriture d’un roman.

Voici donc, en toute transparence, ma méthode de création, de la première étincelle jusqu’au mot FIN.

1. L’idée de base : le point de départ brut

Tout commence toujours de la même manière : un petit calepin personnel que je garde à portée de main. J’y note l’idée de base du roman.

Pas un synopsis, encore moins un plan détaillé. Juste les grandes lignes, une intuition, une ambiance, parfois une simple question ou une image mentale.
C’est volontairement léger, presque fragile. À ce stade, je ne cherche pas à enfermer l’histoire, seulement à lui donner une première respiration.

Ce calepin est mon terrain de jeu initial, là où l’idée peut encore évoluer librement sans contrainte.

2. Le titre : je pose la fondation

Très rapidement — et c’est une particularité chez moi — le titre s’impose.
Je ne le cherche pas, il arrive.
Il n’est pas forcément définitif à ce stade, mais jusqu’à présent, pour mes trois romans, il s’est imposé dès son apparition et m’a accompagné sans jamais changer, de l’écriture jusqu’à la publication.

Je le pose alors comme une fondation. Pour moi, le titre n’est pas une étiquette marketing que l’on colle à la fin ; c’est une colonne vertébrale.
Il donne une direction, une tonalité, parfois même une promesse implicite que je me fais à moi-même en tant qu’auteur.

Avoir le titre dès le départ me permet de rester aligné avec l’essence du roman, même lorsque l’histoire prend des détours inattendus.

3. La couverture avant le roman : voir pour mieux écrire

Contrairement à la majorité des auteurs, la deuxième vraie étape pour moi est visuelle : je projette mentalement — puis concrètement — l’image de la couverture du livre.
Grâce à mes décennies d’expérience en graphisme, je réalise une couverture quasi définitive, avec son titre, son atmosphère, ses codes visuels.
Ce n’est pas un exercice de style, c’est un outil de travail.

Un exemple concret ?
Eh bien, sachez que j’ai déjà sept idées de tomes pour ma collection « Dans la tête du tueur », initiée avec le tome 1 « Lâche ton com ou crève » et son charismatique écrivain Victor Langoisse. Les sept livres ont d’ores et déjà leurs titres définis et leurs couvertures réalisées.

Bien évidemment, si un jour un éditeur souhaite prendre cette collection en charge ou proposer des modifications, je me fierai à son expérience et à sa guidance.

Pourquoi cette étape est essentielle pour moi ?

La couverture agit comme une porte d’entrée émotionnelle dans le roman. Elle fixe une ambiance, un rythme, une promesse esthétique. Elle me permet de voir le livre comme un objet réel, déjà existant.

En ayant cette image en arrière-plan mental pendant l’écriture, j’entre plus facilement dans l’univers du roman. Je ne travaille plus sur un texte abstrait, mais sur un livre que je peux presque tenir entre mes mains.

Cela peut paraître étrange, voire contre-intuitif. Pourtant, c’est précisément cette approche globale de la création — au-delà de la simple écriture — qui me permet d’avancer avec assurance.

J’avais réalisé la couverture de Lâche ton Com ou crève, quelques heures avant même d’avoir ouvert ma page blanche pour y inscrire mon nom et le titre.

4. Un roman à la fois : discipline et caractère

Je n’attaque jamais un nouveau roman tant que le précédent n’est pas terminé.
Je sais que beaucoup d’auteurs souffrent de la page blanche ou jonglent entre plusieurs projets. Pour ma part, j’ai banni un mot de mon vocabulaire : procrastination.

Je vais jusqu’au bout.
Toujours.

C’est sans doute là que réside à la fois ma force et mon défaut : le perfectionnisme, la détermination et une exigence parfois rude envers moi-même.

Mais cette discipline m’évite la dispersion et me permet de rester profondément connecté à l’histoire que je raconte.

5. La structure : mon tableau noir de romancier

Une fois la trame définie, le titre posé et la couverture réalisée, je passe à la structure de l’histoire.

Dans mon bureau, j’ai peint un mur entier en tableau noir. À la craie, j’y construis le squelette du roman, un peu à la manière d’un tableau d’enquêteur.
J’y expose les personnages principaux et les phases clés du récit, tout en anticipant les rebondissements et le fil conducteur.

Ce support physique me permet de sortir l’histoire de ma tête, de tracer des liens concrets entre les événements et de rendre l’ensemble tangible avant même la rédaction.

6. L’écriture : lâcher prise

Une fois cette structure en place, je fais exactement l’inverse : je lâche prise.
Je libère ce qu’il y a dans mon cerveau, et les mains suivent naturellement sur le clavier.
Il y a parfois une forme de transe légère, un état où les mots s’enchaînent sans effort conscient.
La préparation me permet justement cette liberté. Parce que tout est posé en amont, je peux me concentrer uniquement sur le souffle du texte.

7. Un rituel immuable : ne jamais quitter un chapitre sans préparer le suivant

Dernière particularité, presque un TOC assumé : je n’arrête jamais d’écrire sans avoir bouclé un chapitre.
Et surtout, je prends toujours le temps de noter, en fin de session, un résumé « mâché » du chapitre suivant.

J’y compile des mots-clés, des phrases courtes et les idées essentielles qui devront être développées.

Pourquoi ? Parce que malgré un cerveau très productif, j’ai une mémoire de poisson rouge et je dois tout noter sur des Post-it, mon mur, mes carnets ou des fichiers Notepad.

Ce qui compte, c’est de ne jamais repartir de zéro afin que la page blanche n’ait aucune chance lors de la session suivante.

Avec ma fidèle éditrice Mimine, alias Patate, et sous son parfait contrôle. (image IA/Gemini)

8. Le silence et la nuit : une discipline presque monastique

J’ai également un rituel très précis concernant l’heure et les conditions d’écriture.
Je suis incapable d’écrire dans le bruit ; j’ai besoin d’un silence absolu pour entrer pleinement dans l’histoire, un calme que je trouve presque exclusivement la nuit.

Récemment, j’ai réalisé que ma routine d’écriture est étonnamment proche de celle de Haruki Murakami. L’écrivain japonais suit une organisation célèbre : il se lève à 4 h du matin pour écrire 4 à 5 heures d’affilée sans interruption, produisant environ 2000 signes par jour. Sa journée se poursuit par une activité physique intense, comme courir 10 km ou nager 1 500 m, tandis que l’après-midi est réservée au calme, à la musique ou à la lecture, avec un coucher strict vers 21 h ou 22 h.

Cette discipline, loin d’être une contrainte, me permet de préserver une concentration maximale et d’installer une véritable bulle créative.

Là encore, ce rituel n’est pas une règle à suivre, mais simplement une habitude qui me correspond et qui nourrit mon équilibre d’auteur.

Conclusion : une méthode, pas une règle

Voilà, de l’idée griffonnée sur un calepin jusqu’au mot FIN, ma méthode de création d’un roman.

Elle me ressemble, elle s’appuie sur mon parcours artistique, sur mes habitudes, sur mes forces comme sur mes failles.
Elle n’est ni meilleure ni pire qu’une autre — elle est simplement cohérente avec qui je suis.

Si cet article peut inspirer certains, tant mieux.
Mais le plus important reste ceci : trouvez votre méthode.
Celle qui vous donne envie d’écrire, d’avancer, et surtout… de terminer vos histoires.

Romuald Serrado

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