Le roman de gare

roman de gare
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Le roman de gare : péjoratif ou badge d’honneur ?

Dans le monde littéraire français, peu d’expressions suscitent autant de débats que celle de « roman de gare ».

Souvent employée avec une pointe de mépris, elle désigne des ouvrages faciles à lire, distrayants, vendus en masse dans les kiosques des gares ou les Relay modernes.

Mais est-ce vraiment péjoratif et réducteur ?

Personnellement, en tant qu’auteur de thrillers et polars, je revendique haut et fort l’écriture de page-turners – ces romans qui captivent le lecteur au point qu’il ne peut plus lâcher le livre.
Et si on me qualifie de « roman de gare », cela ne me dérange absolument pas.
Au contraire : je m’inscris dans une niche très spécifique du polar et du thriller, où le suspense, le rythme haletant et le plaisir immédiat de la lecture priment sur tout.

Dans cet article, je vous propose d’explorer cette notion, en m’appuyant sur des exemples emblématiques comme Guy des Cars, Frédéric Dard, Georges Simenon ou encore la série SAS de Gérard de Villiers.

Qu’est-ce qu’un roman de gare, au juste ?

L’expression est née au XIXe siècle, avec l’essor des chemins de fer et des librairies de gare gérées par Hachette.
Ces livres bon marché, au format poche, étaient conçus pour occuper les voyageurs : polars, romans d’amour, d’espionnage ou à suspense. Faciles à lire, rapides à consommer, ils offraient un divertissement sans prise de tête.

Aujourd’hui, le terme reste souvent péjoratif.
Il évoque une littérature commerciale, superficielle, avec un vocabulaire simple et des intrigues prévisibles. Les critiques élitistes l’opposent à la « littérature blanche », plus ambitieuse et stylée. Pourtant, cette vision est réductrice.
Comme l’a souligné l’écrivain Hubert Prolongeau, ces romans possèdent souvent « une vie, une urgence, un plaisir d’écrire » qui rappellent les films de série B : inventifs malgré leurs moyens limités.

À l’étranger, les équivalents comme airport novel ou beach read portent une connotation similaire : divertissants, mais parfois jugés « trashy ». En réalité, le roman de gare démocratise la lecture et offre un plaisir immédiat – exactement ce que je vise avec mes page-turners.

Guy des Cars, Frédéric Dard, Simenon et SAS : des classiques du genre ?

Oui, absolument, et c’est ce qui rend le label « roman de gare » si intéressant.

Guy des Cars en est l’exemple parfait.
Ses romans sentimentaux et dramatiques, vendus à des millions d’exemplaires, lui ont valu le surnom moqueur de « Guy des Gares ».
Critiques et intelligentsia le méprisaient pour son style accessible et ses intrigues mélodramatiques. Pourtant, il a touché des dizaines de millions de lecteurs dans le monde.

Frédéric Dard, avec sa série San-Antonio, est souvent classé dans cette catégorie. Ses polars humoristiques, argotiques et truculents étaient vendus en gare comme des bonbons.
Dard lui-même parlait de « petits polars de gare ». Mais derrière l’humour gaulois, il y a une maîtrise de la langue et un succès phénoménal : des centaines de millions d’exemplaires.

Georges Simenon est plus nuancé. Ses Maigret, polars psychologiques accessibles, ont longtemps été vus comme de la littérature populaire, facile à consommer en voyage. Simenon a commencé par des romans alimentaires avant de créer son célèbre commissaire. Aujourd’hui, il est entré à la Pléiade, preuve que le « roman de gare » peut transcender son étiquette.

Enfin, la série SAS de Gérard de Villiers : 200 tomes d’espionnage mêlant sexe, violence et géopolitique. Vendus en masse en gare, qualifiés de « romans de gare » par excellence pour leur rythme effréné et leur style direct.
De Villiers anticipait même parfois l’actualité !

Pourquoi ces œuvres entrent-elles dans cette catégorie ?

Parce qu’elles privilégient le rythme, le suspense et l’accessibilité.
Elles sont conçues pour captiver immédiatement, sans exiger une réflexion lourde – ce qui n’empêche pas la profondeur psychologique (chez Simenon ou Dard) ou l’anticipation géopolitique (chez de Villiers).

Cela empêche-t-il le succès ?

Loin de là ! Au contraire, c’est souvent le moteur du succès commercial.
Simenon est l’un des auteurs francophones les plus traduits au monde. Dard a vendu des centaines de millions de San-Antonio. Guy des Cars a atteint les 100 millions de lecteurs.
Gérard de Villiers, avec SAS, a écoulé entre 120 et 150 millions d’exemplaires – l’une des séries les plus vendues de l’histoire !

Ces auteurs ont prouvé que le divertissement populaire peut générer un succès phénoménal, tout en touchant un public immense.
Le mépris critique n’a pas freiné leurs ventes ; il les a même parfois boostées auprès des lecteurs ordinaires, lassés de l’élitisme.

Aujourd’hui, des best-sellers comme ceux de Guillaume Musso ou Marc Lévy, vendus en Relay, perpétuent cette tradition. Et ils cartonnent.

Mon expérience personnelle : fier d’être un page-turner dans une niche spécifique
En tant que Romuald Serrado, j’écris des thrillers et polars qui visent précisément ce effet : faire tourner les pages frénétiquement. Dans ma niche très spécifique du genre – suspense psychologique, serial killers, ambiances glauques – je privilégie le rythme, les twists et l’immersion immédiate.

Si cela fait de mes romans des « romans de gare », tant mieux !
Cela signifie qu’ils remplissent leur mission : divertir, captiver, et offrir une évasion totale.
Je ne vise pas le Goncourt, mais des lecteurs qui, comme moi, aiment plonger dans un bon thriller sans se prendre la tête.
Être accessible n’est pas un défaut ; c’est une force.

Comme Dard ou Simenon, je crois que le plaisir de lecture est la priorité.
En conclusion, le « roman de gare » n’est péjoratif que pour ceux qui méprisent le divertissement populaire. Pour moi, et pour des millions de lecteurs, c’est un compliment : un livre qui accompagne, qui passionne, qui ne lâche pas.

Vive les page-turners, vive les romans de gare ! Et si vous cherchez un bon thriller à emporter en voyage, n’hésitez pas à découvrir mes ouvrages.

Romuald Serrado
Auteur de thrillers et polars

 

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