🔞 Le léchouilleur des Lilas
Repérage de nuit…
Il est déjà 3 heures du matin et je suis toujours planté là, tout vêtu de noir et caché derrière ce buisson bien plus gros que moi, suffisamment imposant pour qu’aucun riverain potentiellement encore réveillé de cette résidence ne puisse me remarquer par l’une de ces fenêtres.
Il n’y a pas beaucoup d’insomniaques dans ce quartier des Lilas.
Mais la maison qui m’intéresse aujourd’hui, c’est celle du 36.
Une villa habitée par une famille à qui tout semble réussir.
La femme au foyer, une femme d’une cinquantaine d’années, fine et élégante, typée bourgeoise, qui se colore les cheveux en rouge pour apporter un charme supplémentaire et faire ressortir de très jolis yeux verts. Oui, je les ai vus de très près, car cette femme tient une librairie dans le centre-ville.
C’est même d’ailleurs là-bas que je l’ai découverte, le jour où je suis venu lui demander de me commander le dernier thriller de cet auteur inconnu, avec un écrivain raté qui tue les personnes qui se foutent de lui et de son roman sur internet. Elle avait été capable, en moins de trois jours, de recevoir ce fichu livre qui m’a tout bonnement convaincu d’acheter les suites…
Du coup, je l’ai vue plus de trois fois… suffisamment pour apprécier son regard mutin, les effluves de son parfum et savourer son charisme déroutant…
Delphine.
Madame Delphine Aimince…
Un prénom raffiné et distingué, et un nom qui claque comme celui d’une rédactrice en chef de magazine de mode…
Elle sent bon jusque dans son âme, et elle a touché mon cœur lorsqu’elle m’a souhaité une bonne lecture, en m’adressant un clin d’œil que j’ai interprété comme une avance masquée…
Mais je n’oublie pas qu’elle a un mari et des enfants.
Comment pourrais-je l’oublier ? Elles ont toutes, tout le temps, un mari. Mais elles ont toutes aussi ce regard qui dit « quel dommage que je sois mariée » quand elles me regardent.
Et c’est pour cette raison que je suis ici, plongé dans la noirceur de la nuit, caché dans ce buisson à l’image d’un ninja veillant sa victime pour se jeter sur elle et lui adresser ses hommages à coups de katana.
Ce soir, les lumières sont éteintes et tout le monde dort au 36.
Un calme absolu.
Je suis le seul corps étranger au tableau qui anime la scène…
Mais cela ne m’empêchera pas d’aborder une première approche de la villa. Je dois la sentir de nouveau…
L’approche furtive.
Par chance, aucun système de sécurité ne semble se déclencher à mon arrivée à quelques centimètres de la porte.
Aucune lumière ne se déclenche, aucune alarme ne coupe le silence rassurant de la nuit qui domine cette résidence embourgeoisée.
Les riches ne se font jamais remarquer. Ils sont calmes et n’ont pas vraiment de problèmes pouvant déclencher crises dans le couple, disputes ou mauvaises relations de voisinage.
Ils se saluent tous poliment, s’échangent des petits plats raffinés et se rapportent des plats parfaitement nettoyés avec des sourires complices… se plantent des couteaux dans le dos… mais toujours en silence et en toute discrétion.
Cela fait déjà plus d’un an que je rôde dans la résidence des Lilas.
Le mois dernier, c’est Deborah Leutoujours qui était ma promise, mon crush du moment comme disent les jeunes de nos jours.
Une directrice d’agence immobilière que j’avais croisée sur le trottoir alors qu’elle allait faire sa pause déjeuner. Un simple regard de sa part et j’avais compris qu’elle avait besoin de se sentir désirée. Qu’elle avait besoin qu’un autre homme lui apporte ce que son mari, blasé par des décennies de vie de couple, ne lui apportait plus
Pendant un mois, je suis venu lui rendre mes hommages… à ma manière. Mais sa place dans mon cœur a été immédiatement remplacée par le clin d’œil de Delphine.
Ce clin d’œil qui me vaut aujourd’hui ce moment intense, celui de passer le cap et de m’approcher un peu plus d’elle pendant qu’elle dort…
Je dois humer son odeur…
Je dois découvrir son goût…
Je dois absolument lui montrer mon talent et ressentir en moi son âme. Je dois mélanger mes fluides corporels avec elle, me contenter peut-être d’un simple fantasme, mais je dois quand même tout faire pour briser ces pulsions qui sont en moi…
Je m’approche de cet objet qui lui appartient, qui la représente.
La sonnette de cette villa, ronde et bombée comme un majestueux sein en forme de pomme. Le bouton de la sonnette, placé bien au centre, ressort comme un téton placé innocemment sur ce sein de métal. Un téton vulnérable… un sein offert à qui saurait lui apporter toute l’attention.
Pour moi, je vois le sein galbeux et généreux de Delphine. Bien plus gros que celui de Deborah, à qui j’ai présenté mes hommages pendant deux mois, les nuits, en toute discrétion.
Je suis là, le nez collé sur la sonnette, comme pour humer si je sens l’odeur de son parfum.
Mais comment pourrait-il l’être, crétin que je suis ?!
Quelle personne sensée appuierait sur la sonnette de sa propre villa pour rentrer chez elle ?
Et pourtant, elle l’a fait cet après-midi. Exceptionnellement, je l’ai suivie lors de sa pause déjeuner.
Je ne sais pas si, inconsciemment, je savais que je passerais à l’acte ce soir… mais mon cerveau m’a ordonné de faire un écart pour cette fois, d’arrêter de me déguiser en noir pour traîner dans le quartier la nuit, et de jouer les détectives privés en pleine journée.
Grand bien m’en a fait puisque c’est ainsi que j’ai découvert qu’il arrivait parfois à cette adorable Delphine… d’appuyer sur sa propre sonnette pour demander à son mari ou à ses enfants de venir lui ouvrir lorsqu’elle oublie ses clés…
Aujourd’hui, Delphine a posé son doigt sur cette sonnette lisse.
Aujourd’hui, Delphine a laissé une trace d’elle dessus. Sa transpiration, son odeur, son ADN… son goût.
Passage à l’acte…
Et c’est bien pour ça que je suis passé à l’acte cette nuit.
Que je suis planté là à quelques centimètres de l’objet.
Je ferme les yeux, sors la langue, et léchouille le téton métallique qui ne demande plus qu’à se laisser faire.
Mon cerveau affiche le sein de Delphine, son téton durci par l’excitation de mes coups de langue délicats.
Oui, je lèche cette sonnette qui est bien plus pour moi qu’une simple sonnette…
Oui, je lèche le téton de Delphine à travers cet objet froid.
Mais pour moi, elle prend autant de plaisir que moi.
Les minutes passent et j’alterne le sens de ma langue pour rythmer ce cunnisonnette avec l’application d’un orfèvre dévoué à son art.
Elle ne dit rien. Elle consent à ce que je continue, et je l’imagine même déjà en train de cadencer le mouvement de ma langue au bon vouloir de ses sensations, silencieuse mais offerte, pudique mais réceptive.
Je ne calcule plus le temps. Quand on aime, on ne compte pas.
Et la léchouiller durant de longues minutes, se transformant parfois en longues heures les fois précédentes avec mes ex, n’est rien d’autre qu’une preuve irréfutable de mon amour du travail soigné, du travail bien fait, de ma bienveillance, et de ce devoir presque sacré que je m’impose : lui offrir autant de plaisir avec ma langue que j’en reçois moi-même en lui procurant ces sensations si intenses.
Je suis celui qu’on appelle le « léchouilleur fou de sonnette ».
On a fait tourner des captures vidéo de surveillance du voisinage de moi en train de satisfaire plusieurs sonnettes dans le quartier depuis presque un an déjà…
Mais ils ne m’ont toujours pas identifié.
Et en attendant, je continue à offrir généreusement mes talents de léchouilleur passionné à ces sonnettes qui me remercieraient probablement si elles étaient dotées de parole.
Oui, je lèche des sonnettes, et j’adore quand dans la presse locale, on m’appelle « le mystérieux léchouilleur des Lilas »…
Je reviendrai demain rendre mes hommages à Delphine, ma nouvelle compagne bien trop mariée… mais toujours si accessible chaque nuit.
Un texte inspiré ce matin par un post publié sur Facebook… Merci à Randolph Ryleh !
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