S01E02-Je suis en train d’écrire un roman sauce feelgood…

Temps de lecture : 5 minutes

S01E02-Un petit texte rédigé le jeudi 26 mars 2026 au petit matin, comme ça, pour le fun et pour les internautes sur Facebook.


Je suis là, face à cette page blanche qui ne l’est déjà plus vraiment, parce que des mots s’y déposent malgré moi, lentement, avec une régularité presque mécanique, comme si mes doigts avaient décidé de travailler sans m’attendre, sans même me demander mon avis, traçant des phrases qui, à mesure qu’elles apparaissent sous mes yeux, me donnent cette sensation étrange, profondément inconfortable, de ne pas en être l’auteur.

Je lis ce que j’écris… et je ne me reconnais pas.

Des mots doux. Trop doux.

Des tournures pleines de délicatesse, de retenue, de sentiments qu’on dirait sortis d’un manuel de romance oublié sur une table de chevet, avec ces images presque gênantes tant elles sont éloignées de ce que j’ai l’habitude de produire.

« Il l’enlace tendrement pour lui apporter toute l’affection possible… »

Mes doigts continuent, imperturbables.

« …en prenant soin de ne pas trop être insistant. »

Je m’arrête une seconde. Ou plutôt… j’essaie.

Parce que quelque chose ne va pas.

Il y a comme un décalage, une dissonance entre ce que je pense et ce qui s’écrit, comme si mon esprit reculait pendant que mon corps avançait tout seul, poursuivant cette dérive sirupeuse avec une précision presque inquiétante.

Je sens une gêne monter, diffuse d’abord, puis plus nette, plus lourde, comme une pression derrière le sternum.

Ce n’est pas moi.

Je reprends la lecture, presque malgré moi, les yeux accrochés à ces lignes qui continuent de se former.

« Elle le fixe avec un regard de tendresse extrême… »

Je grimace.

« …qui lui montre qu’il n’a pas besoin d’entendre de mots pour ressentir son amour. »

Mais qu’est-ce que je suis en train de faire, bordel… ?

La question résonne dans ma tête, brutale, presque paniquée, mais mes mains, elles, ne s’arrêtent pas. Elles poursuivent, comme si elles ignoraient totalement mon désarroi, comme si une autre volonté, plus calme, plus lente, s’était glissée dans mes gestes pour les guider ailleurs.

Une romance.

L’idée me percute de plein fouet.
Pire.
Un feelgood.

Je sens un frisson me parcourir, quelque chose de froid, de désagréable, qui remonte le long de ma colonne vertébrale tandis que mon esprit cherche désespérément une explication rationnelle, une sortie de secours logique à cette situation absurde.

Est-ce que je suis malade ? Fiévreux ? Est-ce que j’ai chopé une saloperie tropicale sortie de nulle part, un virus improbable qui attaque directement les synapses créatives pour transformer un auteur de thriller en distributeur de guimauve émotionnelle ?

Le nom surgit tout seul.
Nipah.
Patient zéro.

L’image est ridicule… et pourtant elle s’impose avec une facilité déconcertante. Moi, sur ma plage Hyéroise cet été, contaminant des foules entières à coups de métaphores sucrées et de scènes d’amour interminables, pendant qu’un président au nom improbable prolonge tranquillement son règne sous couvert de crise sanitaire.

#Article16

Je devrais rire.
Mais je n’y arrive pas.
Parce que pendant que mon esprit s’agite, mes doigts continuent.
Toujours.
Encore.

« Il pose ses lèvres sur les siennes… »

Je ferme les yeux une fraction de seconde, comme pour couper le flux, mais ça ne change rien. Les mots s’enchaînent, et je sens cette montée d’angoisse, lente mais certaine, à l’idée que je suis peut-être en train de perdre quelque chose de fondamental, quelque chose qui me définissait jusqu’ici.

« Sa main effleure la sienne… »

Et puis cette image.
Absurde.
Presque grotesque.

« …et il ressent les mêmes crépitations dans son cœur que celles de l’huile d’olive dans sa poêle quand il fait ses œufs au plat le matin. »

Là. Il y a comme un accroc.
Un retour.
Une fissure dans cette mécanique trop lisse.

Je rouvre les yeux, fixe l’écran, et pendant une seconde, une seule, je retrouve quelque chose de familier, une trace de moi dans ce flot de mièvreries, comme si ma propre voix venait de réussir à s’infiltrer dans le texte pour reprendre un peu de terrain.

Ça y est…
Je respire un peu mieux.
Je redeviens normal.
Enfin… j’espère.

Mais la question reste, suspendue, plus lourde encore maintenant qu’elle s’est installée : pourquoi est-ce que j’écris ça ?

Pourquoi est-ce que je suis en train de produire, ligne après ligne, un roman à l’eau de rose que je n’assumerai jamais face à ceux qui me lisent, à ceux qui attendent autre chose de moi, quelque chose de plus sombre, de plus brutal, de plus vrai ?

Je les imagine, ces lecteurs, des millions peut-être — ou du moins assez pour nourrir mon ego — en train de tourner les pages, incrédules, déçus, avant de refermer le livre avec cette sensation amère de s’être trompés d’auteur.

Pire encore.
D’aller voir ailleurs…
De se procurer le tome 2 des nouvelles aventures de Nicolas Sarkozy en prison…
L’idée me donne presque la nausée.

Et c’est à ce moment-là que je l’entends.

Un miaulement.
Je m’arrête net.

Le silence qui suit est étrange, épais, presque palpable, comme si la pièce entière retenait son souffle.

Mimine n’est pas là.

Je le sais.
Elle devrait être à côté de moi, comme d’habitude, à tenter d’attraper le curseur de la souris, à transformer chaque mouvement en jeu absurde.
Mais là… rien.

Et pourtant.
Un deuxième miaulement.
Plus distinct. Plus proche.

Je tourne légèrement la tête, lentement, sans vraiment savoir ce que je m’attends à voir, mais avec cette sensation diffuse que quelque chose ne colle pas, que l’équilibre fragile de la réalité est en train de se fissurer, imperceptiblement.

Troisième.
Plus insistant.
Quelque chose serre.
Là.
Dans ma poitrine.

D’abord léger, comme une simple gêne, puis plus lourd, plus pressant, comme si un poids invisible venait de s’y poser, écrasant peu à peu ma respiration, comprimant chaque inspiration jusqu’à la rendre difficile.

Je tente de bouger.
De réagir.
Mais mon corps semble engourdi, ralenti, comme pris dans une matière épaisse qui freine le moindre de mes gestes.

Le miaulement devient presque un bruit de fond.
Répétitif.
Obsédant.

Et cette douleur…
Elle s’intensifie.
Encore.
Jusqu’à devenir insupportable.

Alors j’ouvre les yeux.
Brusquement.

L’air revient d’un coup, comme si on venait de relâcher une pression invisible, et mon regard tombe immédiatement sur la forme massive, bien réelle cette fois, posée en plein milieu de ma poitrine.

Mimine.

Affalée là, de tout son poids, parfaitement indifférente à ce qu’elle vient de provoquer.
Je reste quelques secondes immobile, le souffle encore court, le cœur battant trop vite, essayant de recoller les morceaux, de comprendre.

Puis je lâche un souffle.
Long.
Lent.
Presque soulagé.

Bordel…

Je dormais.

Tout ça… ce n’était qu’un rêve.

Un putain de cauchemar.

Et surtout…

Je n’étais pas en train d’écrire un feelgood.

OUF…

😁

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feelgood

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