LE PETIT CHAPERON ROUGE…SANG
Inspiré du conte “Le Petit Chaperon rouge” de Charles Perrault (1697)
Mardi 10 novembre 2026, 16 h 50
Voilà encore une belle journée de cours terminée.
Comme d’habitude, j’emploie ce terme cyniquement et avec ironie puisque j’ai passé la journée à devoir éviter les attouchements de Kevin, mon voisin de classe, qui me parait un peu trop porté sur certaines choses qu’il voit à longueur de journée sur son portable.
J’ai douze ans, je m’appelle Émilie et je suis une gamine qu’on a encore du mal à considérer comme telle, si on en juge par l’intérêt de mes petits compagnons au collège, qui semblent davantage lorgner sur mon physique que sur le Tupperware que je transporte dans mon sac, rempli d’un quatre-heures qui ferait pourtant saliver un diabétique au régime.
Aujourd’hui, j’ai filé un coup de règle sur la main de Kevin, un peu trop baladeuse sous la table, alors qu’elle glissait lentement sur mon genou pour se diriger vers ma culotte.
Qu’est-ce qu’il croit, ce petit pervers ?!
Que je ne connais pas #MeToo ?
Pas besoin de mon smartphone pour savoir que son intention n’est pas louable et que j’ai tout à fait le droit de le recadrer, par la violence s’il le faut, et que la prof me donnera forcément raison.
Quoique…
J’ai vu Madame Sarccade se taire et ne pas faire de vagues lorsque Mattéo, la terreur de l’école, a balancé une droite à Sophie parce qu’elle ne voulait pas lui montrer les motifs de sa petite culotte dans la cour de récréation, pas plus tard qu’hier. Oui… c’est bien ça… génération « pas de vague » dans l’Éducation nationale.
Mais il y a quand même des limites à ne pas dépasser.
Je suis sur le chemin du retour, smartphone allumé à présent pour être joignable par maman, qui est forcément encore absente de la maison pour se taper une bière dans le bar du coin et racoler un beau-père bien salasse, qui, lorsqu’il l’aura culbutée sur la table de la cuisine, va vouloir remplacer Kevin.
C’est toujours la même chose.
Les papas de substitution, passagers dans notre existence, finissent toujours par essayer d’entrer furtivement dans ma chambre pour venir se présenter à moi… la plupart du temps lorsque je suis endormie.
Ma mère, pendant ce temps-là ? Ils appellent ça un coma éthylique. Moi, j’appelle ça la cuve de ma daronne.
J’arrive devant la porte. Un léger coup d’œil derrière moi pour m’assurer qu’aucun copain de classe, qui aurait le zizi trop dur à force de me suivre en matant mes fesses, ne s’est raccroché à l’ambition de venir me proposer de faire les devoirs avec moi, chez moi, pendant son absence…
J’insère la clé dans la serrure et un bip provenant de mon téléphone retentit alors. Je tourne aussitôt la poignée, histoire de ne pas rester sur le palier comme une proie figée dans les phares d’une voiture, et entre me protéger à l’intérieur de ma forteresse.
Une fois entrée, je m’enferme de l’intérieur. J’imagine que ce bip est un message SMS de ma mère, que je vais devoir déchiffrer, ce dernier étant probablement écrit entre quinze bières ou six vodkas-orange.
Mais je ne me trompe qu’à moitié…
C’est bien un message d’elle, mais il est parfaitement lisible.
« Émilie, ma chérie. Amazon m’a livré un colis ce matin. C’est un roman que j’avais promis d’offrir à ta grand-mère. Il faudrait que tu lui apportes avant la tombée de la nuit. »
