Amazon : les raisons du boycotte de nombreux lecteurs

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Pourquoi certains lecteurs boycottent-ils Amazon pour acheter leurs romans ?

Amazon occupe une place considérable dans le marché du livre.
En quelques années, la plateforme est devenue un acteur incontournable de la vente de livres papier et numériques, tout en offrant aux auteurs indépendants une possibilité de publier leurs ouvrages sans passer par une maison d’édition traditionnelle.

Pourtant, une partie des lecteurs choisit volontairement de ne pas acheter ses romans sur Amazon.
Ce phénomène concerne aussi bien les livres publiés par des éditeurs traditionnels que, plus particulièrement, les ouvrages autoédités comme les miens.
Les motivations sont multiples : elles relèvent à la fois de considérations économiques, éthiques, culturelles et parfois de la perception de la qualité des livres proposés.

Un rejet d’Amazon qui dépasse largement le monde du livre

Pour certains consommateurs, le boycott d’Amazon s’inscrit dans une démarche plus générale.
La puissance économique du groupe, ses pratiques commerciales, les questions relatives aux conditions de travail, à la fiscalité des grandes entreprises ou encore à son impact sur le commerce local sont régulièrement au cœur des critiques.

Dans cette logique, le livre n’est qu’un produit parmi d’autres.
Le lecteur qui refuse Amazon pour ses achats courants peut appliquer la même règle aux romans : il privilégiera une librairie indépendante, une enseigne spécialisée ou une autre plateforme numérique.

Pour ces consommateurs, la question de la qualité du livre ou de l’identité de son auteur passe donc au second plan.
Le refus porte d’abord sur le distributeur.

La défense des librairies indépendantes

Le phénomène est particulièrement visible chez les lecteurs attachés aux librairies indépendantes.
Pour eux, acheter un roman chez un libraire constitue un acte qui dépasse la simple acquisition d’un livre.

La librairie est considérée comme un lieu culturel permettant de découvrir des auteurs, d’échanger avec des professionnels et de maintenir une activité commerciale dans les centres-villes. Certains lecteurs estiment par conséquent que leurs achats doivent contribuer prioritairement à la survie de ces commerces.

Le développement d’Amazon est perçu par une partie du secteur comme une menace supplémentaire pour ce modèle.
Le débat est ancien, mais il reste particulièrement sensible dans le milieu du livre, où la question de la diversité culturelle et du rôle des libraires occupe une place importante.

Amazon et l’autoédition : une relation particulière

Amazon occupe également une position particulière dans l’autoédition grâce à Kindle Direct Publishing, généralement appelé KDP.
Le service permet à un nouvel auteur, comme moi par exemple, de publier directement un livre numérique ou imprimé sans passer par une maison d’édition traditionnelle.

Cette possibilité a profondément changé le paysage éditorial. Un auteur peut désormais proposer son roman au public sans obtenir au préalable l’accord d’un éditeur. Il peut conserver davantage de contrôle sur son texte, sa couverture, son prix et sa commercialisation.

Mais cette accessibilité a aussi une conséquence : le nombre de livres disponibles a considérablement augmenté.

Le préjugé du « livre autoédité »

Certains lecteurs associent encore l’autoédition à une qualité éditoriale inférieure. Cette perception vient notamment du fait que les livres autoédités ne passent pas nécessairement par les différentes étapes habituelles de l’édition traditionnelle : sélection éditoriale, travail avec un éditeur, correction professionnelle, relecture, direction artistique ou accompagnement marketing.

Dans l’édition traditionnelle, une maison d’édition agit en partie comme un filtre.
Elle sélectionne les manuscrits qu’elle souhaite publier et engage sa responsabilité sur les ouvrages qu’elle commercialise.

Dans l’autoédition, ce filtre disparaît. Le lecteur peut donc trouver des romans extrêmement travaillés aux côtés d’ouvrages qui ont bénéficié de peu de corrections ou de travail éditorial.

Cette diversité constitue l’une des grandes forces de l’autoédition, mais elle nourrit également une certaine méfiance chez une partie du public.

La multiplication des publications renforce cette méfiance

Le développement de l’autoédition a entraîné une explosion du nombre de titres disponibles. Cette abondance peut rendre le choix plus difficile pour le lecteur.

À cela s’ajoute depuis quelques années l’apparition de nombreux ouvrages produits avec l’aide d’outils d’intelligence artificielle.
Si l’utilisation de l’IA ne signifie pas nécessairement qu’un livre est mauvais, la multiplication de contenus produits rapidement et avec peu de travail éditorial alimente les inquiétudes concernant la qualité et l’authenticité de certaines publications.

Pour certains lecteurs, le fait qu’un roman soit autoédité sur Amazon devient ainsi un signal de prudence.
Il s’agit toutefois d’un préjugé qui ne permet évidemment pas de juger la qualité réelle d’un ouvrage.

« Je veux soutenir l’auteur, pas Amazon »

Une autre motivation apparaît chez certains lecteurs : la volonté de soutenir directement les auteurs indépendants.

Ces lecteurs peuvent apprécier le principe de l’autoédition tout en refusant d’acheter sur Amazon.
Ils cherchent alors d’autres moyens d’acquérir les livres : achat direct sur le site de l’auteur, librairie indépendante, plateformes concurrentes ou commande auprès de réseaux spécialisés.

Dans cette logique, l’important n’est pas seulement de savoir quel livre acheter, mais aussi à qui revient la part économique de la transaction.

Le lecteur peut ainsi considérer que l’achat direct constitue une manière plus personnelle de soutenir un écrivain indépendant.

Le cas particulier du livre numérique

Le boycott est parfois encore plus simple lorsqu’il s’agit du numérique.
Un lecteur qui ne souhaite pas utiliser Kindle peut se tourner vers d’autres écosystèmes de lecture numérique.

Des plateformes concurrentes permettent notamment d’acheter des livres électroniques sans passer par Amazon.
Certains lecteurs choisissent donc leur librairie numérique en fonction de considérations techniques, commerciales ou éthiques.

Pour les auteurs, cette situation peut avoir une conséquence importante : limiter la distribution numérique à une seule plateforme signifie potentiellement renoncer aux lecteurs qui refusent cette plateforme.

Le paradoxe d’Amazon pour les auteurs indépendants

La situation est paradoxale. Amazon est régulièrement critiqué pour sa position dominante dans le commerce du livre, mais la plateforme a également contribué à rendre l’édition accessible à des milliers d’auteurs qui n’auraient peut-être jamais pu publier leurs romans par le circuit traditionnel.

Avant l’essor de l’autoédition numérique, un auteur devait généralement convaincre une maison d’édition de publier son manuscrit.
Aujourd’hui, il peut prendre lui-même la décision de publier et présenter son ouvrage à un public international.

Amazon a joué un rôle majeur dans cette transformation, même si d’autres plateformes et acteurs de l’autoédition participent également à cette évolution.

Boycotter Amazon ne signifie donc pas nécessairement boycotter l’autoédition

C’est probablement l’une des distinctions les plus importantes à établir.

Un lecteur peut être totalement favorable à l’autoédition et refuser malgré tout Amazon.
Il peut considérer qu’un auteur indépendant mérite d’être découvert tout en souhaitant acheter son livre ailleurs.

À l’inverse, certains lecteurs n’ont aucune objection particulière à Amazon mais restent réticents face aux livres autoédités, notamment lorsqu’ils recherchent les garanties associées à une maison d’édition traditionnelle.

Il existe donc plusieurs comportements différents derrière ce que l’on appelle parfois, de manière trop générale, le « boycott d’Amazon ».

Un marché du livre de plus en plus fragmenté

Le développement de ces comportements illustre surtout la transformation profonde du marché du livre.

Le lecteur dispose désormais d’un nombre considérable de possibilités : librairie indépendante, grande distribution, librairie en ligne, Amazon, plateformes numériques concurrentes, achat direct auprès de l’auteur ou encore abonnement à certains services de lecture.

Pour les auteurs indépendants, cette multiplication des canaux représente à la fois une opportunité et un défi. Être présent sur une grande plateforme permet d’accéder à un vaste public, mais dépendre d’un seul distributeur peut également limiter l’accès aux lecteurs qui font d’autres choix.

Un choix qui reste avant tout celui du lecteur

Le boycott d’Amazon dans le domaine du livre ne répond donc pas à une seule motivation. Il peut être politique, économique, culturel, éthique ou simplement pratique.

Certains lecteurs défendent les librairies indépendantes. D’autres refusent les pratiques commerciales d’Amazon.
D’autres encore souhaitent soutenir directement les auteurs ou privilégient des plateformes numériques concurrentes.

Enfin, certains associent l’autoédition à une qualité variable et préfèrent les ouvrages issus de l’édition traditionnelle.

Ces positions peuvent d’ailleurs coexister chez une même personne.

Dans un marché où l’auteur peut désormais publier lui-même son roman et où le lecteur peut choisir entre de nombreux circuits d’achat, la question n’est donc plus seulement : « Quel livre vais-je lire ? »

Elle devient également : « Où vais-je l’acheter, et quel modèle du livre est-ce que je souhaite soutenir ? »

Le débat autour d’Amazon dépasse ainsi largement la question d’une simple plateforme de vente.

Il reflète les transformations profondes du monde de l’édition, les nouvelles possibilités offertes aux auteurs indépendants et les choix de consommation d’un lectorat devenu beaucoup plus conscient de la manière dont ses achats participent à l’évolution du marché du livre.