à propos de mon thriller « Victor Langoisse et La Plume verte »

Temps de lecture : 3 minutes

Un roman de la faille : quand la conscience se fissure

Après Lâche ton com ou crève, roman coup-de-poing frontal et rageur, ce nouveau texte ne cherche pas à frapper plus fort.
Il frappe ailleurs. Plus profondément. Plus insidieusement.

Là où le premier tome exposait une violence sociale immédiate — celle du regard, du jugement, de la mise en scène permanente de soi — ce second roman opère un glissement radical : il ne s’agit plus de survivre au monde, mais de survivre à sa propre perception du monde.

Ici, le danger n’est plus seulement extérieur. Il est intérieur, diffus, instable.
Il prend la forme d’un doute permanent :
qu’est-ce qui est réel ? qu’est-ce qui a été vécu ? qu’est-ce qui a été reconstruit ?

Un récit de conscience, pas de faits

Ce roman ne raconte pas une histoire au sens classique.
Il raconte un esprit en train de chercher un point d’ancrage.

Le lecteur est placé dans une position inconfortable mais fascinante : celle de partager une subjectivité fragile, mouvante, parfois contradictoire.
Le texte assume cette instabilité. Il la cultive. Il en fait sa matière première.

Les scènes ne sont pas là pour informer, mais pour faire ressentir.
Les dialogues ne servent pas à expliquer, mais à désorienter subtilement.
Les répétitions, les détails obsessionnels, les silences ont une fonction précise : ils reproduisent la mécanique d’une pensée qui se replie sur elle-même, puis tente de se réorganiser.

Une continuité thématique, une rupture de ton

Les lecteurs du premier tome retrouveront des obsessions familières :

la solitude, le regard des autres, la frontière floue entre culpabilité et responsabilité, l’ironie comme dernier rempart contre l’effondrement.

Mais le ton a changé.

Lâche ton com ou crève était un cri.
Ce roman est un battement cardiaque irrégulier.

Plus lent, plus dense, parfois presque clinique, il laisse davantage de place à l’intime, au trouble, à l’ambigu. L’humour est toujours là, mais il est plus noir, plus discret, souvent en décalage avec la gravité des situations — comme un réflexe de survie.

Un roman sur l’identité morcelée

Sans jamais tomber dans le didactique, le texte explore des questions lourdes :

Peut-on faire confiance à sa mémoire ?

Que reste-t-il de soi quand le récit personnel se fracture ?

Sommes-nous responsables de ce que nous ne maîtrisons pas ?

Le roman ne donne pas de réponses. Il ne cherche pas à rassurer.
Il préfère laisser le lecteur dans une zone grise, inconfortable mais honnête, où chaque certitude est provisoire.

Une expérience plus qu’une lecture

Ce livre ne se lit pas passivement.
Il se traverse.

Il demande au lecteur de lâcher l’envie de comprendre trop vite, d’accepter de ne pas tout saisir immédiatement, de se laisser porter par une logique émotionnelle plus que narrative.

En ce sens, il ne cherche pas à plaire à tout le monde. Et c’est précisément ce qui fait sa force.

En résumé

Ce roman est :

👉 plus introspectif que le premier,

👉 plus dérangeant que spectaculaire,

👉 plus psychologique que narratif.

Il s’adresse à celles et ceux qui aiment les textes qui laissent des traces, qui continuent de travailler l’esprit après la dernière page, et qui n’ont pas peur de regarder un personnage — et peut-être eux-mêmes — droit dans une zone de trouble.

Un livre qui ne crie pas.
Un livre qui murmure longtemps.

Extrait : lire le prologue ici

Romuald Serrado

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